Va te faire voir chez les grecs …

La semaine dernière, je me lançais dans une épreuve de 24 heures avec l’espoir de courir au moins 180km pour pouvoir participer au tirage au sort du Sparthatlon 2017.

N’ayant pris la décision de participer à cette course que 24 jours avant l’échéance, pour la symétrie des chiffres, je ne me faisais guère d’illusion sur la possibilité d’améliorer mes capacités de vitesse et endurance en aussi peu de temps ; je me suis donc contenté de m’astreindre à courir lentement pendant ces presque trois semaines, au rythme qu’il me faudrait maintenir aussi longtemps que possible pendant la course pour atteindre mon objectif.

Pour les amoureux de la technique, je précise qu’en partant du principe qu’on parvient à maintenir environ 75% de sa vitesse sur une épreuve de cent kilomètres (course que je n’ai jamais pratiquée) pendant vingt quatre heures, il faut parvenir à courir à environ 9kmh pendant les quatre premières heures pour pouvoir espérer, à la cloche finale, avoir bouclé la distance de 180km.

Je me suis donc astreint à courir tous les jours à 9 kmh pour que mes jambes assimilent cette vitesse de « croisière » comme une allure naturelle et, donc, économe en énergie.

Et comme c’était léger comme entraînement, comme on brûle un cierge, c’est à dire sans trop croire que cela pourrait avoir un effet mais à titre de précaution, je me suis attelé à la lecture d’un ouvrage traitant de méditation et course à pied. http://amzn.to/2gMoQAz

L’idée m’en est venue en lisant l’autobiographie (http://amzn.to/2gmfHxI) de Lizzy Hawker, vainqueur à plusieurs reprise de l’UTMB et détentrice du record du monde de 24 heures, épreuve sur laquelle elle attribue sa performance à sa capacité de concentration acquise grâce à une pratique régulière de la méditation.

Après m’être trituré les méninges pendant plusieurs jours quant à la tenue vestimenatire adéquate pour une course débutant à 19h le premier vendredi de décembre au titre du Téléthon, je finis par boucler un sac encore plus garni que pour un Tor des Géants qui m’aura pris six jours et prends la route, à 15h30, pour rejoindre Les Ulis, situé à 31 km de chez moi, via Porte de Vincennes pour co voiturer François-Xavier, vainqueur de la dernière épreuve de 24h à laquelle j’avais participée.

Logistique maîtrisée donc et plan de course optimal : je disposerai d’un repère habitué à des distances légèremment supérieures à 180km sur 24 heures (François-Xavier) et d’une compagne de course avec laquelle nous partageons les mêmes vitesses de progression en deuxième moitié de course (Carole, qui gagne tous les 24 heures sur lesquels elle s’engage).

Enfin, je suis convaincu que comme nous débutons à 19 heures, nous attaquerons les heures les plus sombres et froides de la nuit (de 2h à 5h environ) encore pas trop entamés par la fatigue, contrairement aux précédentes courses qui débutent à 10 h du matin. Cela devrait donc, assez naturellement, permettre d’améliorer les performances moyennes.

C’est donc peu entraîné mais raisonnablement confiant que je me lance dans cette aventure ; mes réflexions portent plutôt sur l’entraînement qu’il me faudra suivre pour assurer une digne participation au Sparthatlon 2017 si j’ai le bonheur d’être tiré au sort.

Je projette la sérénité d’un Alain Juppé une semaine avant le premier tour des primaires de la droite et du centre.

Assez vite, ce qui n’est pas la même chose que très rapidement comme la suite l’illustrera, l’alignement des planètes que j’avais cru déceler se délite. Pour être aussi bref que le trajet a été long, à l’heure du départ de la course, nous sommes encore dans la voiture, certes à proximité du stade, mais indéniablement en retard. Cela pose le problème évident de devoir ne compter que sur un vingt quatre heures au rabais et ce d’autant plus que François-Xavier, pour sa part, comptait s’inscrire juste avant la course pour pouvoir en prendre le départ et que, pour ma part, je comptais me changer en tenue de coureur avant la course. Notre affaire semble donc bien mal engagée avant même d’avoir commencé à courir.

Par chance, nous sommes tombés sur une organisation parfaite et compréhensive : mon téléphone sonne, nous sommes radio guidés jusqu’au parking, nous nous retrouvons dossards et épingles à nourrice en main dès la sortie de la voiture et le départ de la course a été retardé pour nous attendre. Merci !

Je ne prends, pour ne pas faire attendre plus encore la quarantaine de coureurs en piste, pas le temps de me changer autrement qu’a minima. Je débute donc la course en tenue de coureur des pieds à la taille et en tenue de ville de la taille au sommet du crâne. C’était bien la peine de venir avec un sac débordant de T shirt techniques à manches longues, coupe vents, buff, gants et vestes techniques …

Les premières heures se déroulent sans soucis ; j’ai plaisir à retrouver Carole avec qui nous devisions, partageant nos inquiétudes quant aux températures nocturnes -négatives- prévues. Carole s’inquiète aussi de devoir commencer à courir en fin de journée, avec, donc, déjà une journée d’activité complète dans les jambes plutôt que le matin. Une analyse exactement inverse à la mienne puisque je me réjouissais d’un départ tardif.

A l’issue des quatre premières heures, je suis exactement dans mon plan de marche, soit 36 km, et le classement commence à se décanter : nombre des coureurs beaucoup plus rapides qui ne cessaient de nous doubler en début d’épreuve abandonnent après avoir présumé de leur capacité à maintenir l’allure. En navigant entre François Xavier et Carole qui se tiennent à un tour, je pointe environ à la dixième place, déjà loin des trois premiers mais à portée des suivants.

Je me fais néanmoins la réflexion que je n’avais pas souvenir que hanches et jambes commencent à se raidir aussi tôt dans la course. Effet du froid ? Entraînement insuffisant ? Fatigue accumulée depuis septembre ? Gêne passagère ? Oubliant tout de mes leçons de méditation, je me pose ces questions sans prendre de recul pour juste avancer.

Soudain, en repartant un peu vivement d’un ravitaillement, je sens une gêne à un adducteur. J’en suis d’autant plus surpris qu’en trois années de course à pied, c’est un muscle qui ne s’est jamais manifesté.

Je ne m’en formalise pas et poursuis, oscillant toujours entre François Xavier et Carole, en fonction des pauses des uns et des autres au ravitaillement à chaque tour.

La gêne se mue en douleur et je crains, de plus en plus, qu’il ne s’agisse d’une blessure et pas juste d’une manifestation d’usure temporaire. Après six heures de course, il apparaît évident, adducteur oblige, que je n’atteindrai pas mon objectif de 180km même si, facialement, je suis toujours sur le plan de marche censé m’y amener.

J’abandonne donc tout espoir.

Pour me consoler de ne pas aller en Grèce l’an prochain pour le Sparthatlon, je me suis gavé non pas d’olives mais de lectures sur le sujet.

J’ai débuté avec le dernier ouvrage (Tous des héros) de Christopher Mc Dougall, l’auteur de Born to Run, qui relate, pour simplifier, comment les grecs maîtrisent l’art de l’ultra endurance : http://amzn.to/2hxHNH7.

Et pour bien me miner le moral, j’ai fini la semaine avec le dernier ouvrage (The Road to Sparta) de Dean Karnaze, l’ultra runner emblématique américain d’ascendance grecque, qui raconte son Sparthatlon : http://amzn.to/2hfATXV

Pour tourner la page Sparthatlon, je crois que je vais m’inscrire au tirage au sort UTMB ; les inscriptions débutent la semaine prochaine.

A suivre …

 

#UnJourUnKm

calendar2Je vais courir tous les jours, au moins un kilomètre, pour le plus grand nombre de jours successifs possible.

L’an dernier, à peu près à la même époque, j’ai lu un article de RW, version américaine, sur le « streak » (La page Facebook de Runners World / Streak). Il s’agit pour les coureurs américains de s’engager à courir chaque jour, au moins un mile (soit 1 609 mètres), entre Thanksgiving et le jour de l’an, soit trente neuf jours d’affilée.

Cela m’avait, à l’époque, semblé insurmontable, pas tant à cause de la distance, somme toute modeste, mais à cause des conditions météorologiques et des contraintes de la vie quotidienne en période de fêtes de fin d’année. Je n’ai donc rien fait de cette idée.

L’été venu, j’ai vu approcher à grands pas l’échéance du Tor des Géants et me suis demandé ce que je pourrais faire pour m’imposer un minimum de régularité dans l’entraînement. Comme j’ai noté que, souvent, il n’y a que le premier pas qui coûte, j’ai recyclé l’idée du Streak en un défi #UnJourUnKm. Il s’agit de courir au moins un kilomètre, tous les jours. Et, contrairement aux forfaits de téléphone mobile, il n’y a pas de report des kilomètres d’un jour sur l’autre. Chaque jour, il faut chausser les baskets et faire au moins un (grand) tour de pâté de maison, indépendamment du fait qu’on ait couru la veille ou pas. Je dois dire que, le lendemain du Tor des Géants, j’ai maudit cette règle.

Cette première série, illustrée chaque jour sur mon compte Instagram Europathon, a pris fin après soixante seize jours, sans raison particulière, comme dirait Forrest Gump à ceux qui l’interrogeaient sur les raisons pour lesquelles il s’était arrêté de courir.

Dépourvu d’objectif de course 2017 après une épreuve de vingt quatre heures ratée qui ne me permet donc pas d’envisager courir le Sparthatlon l’an prochain, pour maintenir un minimum de motivation avant de déterminer un nouvel objectif, je me relance dans l’aventure de la série en visant un compte rond de 100 jours … et plus si affinités.

Pour ceux qui voudraient en faire autant, n’hésitez pas à utiliser #UnJourUnKm sur réseaux sociaux afin que nous nous retrouvions et encouragions.

A suivre …

 

SaintéLyon, bis repetita … malheureusement

saintelyonnuit

L’actualité, c’est la SaintéLyon, course mythique qui fait rêver et trembler tout trailer ou ultra marathonien putatif.

La SaintéLyon, c’est ce week end, c’est 72 km courus entre Saint-Etienne et Lyon, de nuit (départ minuit) à travers bois et champs, dans des consditions hivernales.

La SaintéLyon, c’est aussi mon premier compte-rendu de course qu’il m’aura fallu un an (à trois jours près) à rédiger. Je ne recycle pas, pour surfer sur la vague de l’actualité, un vieil article ; j’achève celui entamé au lendemain de la SaintéLyon 2015.

Une forme d’encouragement et d’hommage à tous ceux qui s’élanceront samedi soir.

Bref, après avoir souvent dit que j’éviterai de courir deux fois la même course afin d’éviter de tomber dans l’obsession de l’amélioration chronométrique, je me suis quand même adonné à ce travers qui a l’avantage -et c’est le seul- de permettre de s’étalonner et mesurer d’éventuels progrès.

Après avoir failli courir pour la deuxième fois, à la rentrée scolaire 2015, les 10km de Neuilly sur Seine (annulés au dernier moment pour de sombres raisons de plan de circulation sous un tunnel, seuls les initiés peuvent comprendre), j’ai fini par succomber et courir, pour la deuxième fois, la SaintéLyon, la doyenne des courses de longue distance (62ème édition en cette année 2015) en France qui démarre de Saint Etienne à minuit le premier week-end de décembre pour arriver à Lyon au petit matin ou en début d’après midi (temps limite, quinze heures) selon votre niveau.

L’attrait de la SaintéLyon c’est que grâce aux conditions de course (la nuit, dans la neige ou dans la boue selon les éditions) on peut avoir l’impression de courir un véritable trail malgré un dénivelé positif cumulé modeste (1.750 m) et un dénivelé net total négatif (autrement dit, il y a plus de descente que de montée).

Au même titre que The Trail (dans l’Yonne, version 63km), c’est une excellente course pour un premier ultra marathon.

C’est aussi, il faut le reconnaître aux spectateurs, un étonnement certain d’être encouragé à 4h du matin par une bande d’olibrius campant dans les champs ou bois, au milieu de nulle part, vaguement réchauffés par un feu de camp, de la bière et une activité vocale soutenue. A se demander qui sont les plus givrés, les 6.000 coureurs des 72km de la course ou les spectateurs.

Bref, je me retrouvais pour la deuxième fois sur cette course avec la certitude de faire mieux que l’année précédente, ce qui n’est guère un exploit quand on part de zéro en course à pied deux ans auparavant.

En plus de la certitude de mieux faire, j’avais le souhait de ne pas déchoir. Un voisin m’avait (merci Claude) demandé d’expliquer en quelques mots à la bande de joyeux sportifs dont il fait partie les spécificités du Marathon des Sables auquel ils se rendent tous en Avril 2016. Ils se retrouvaient à la SaintéLyon pour un entraînement sac au dos, en vue de l’étape longue du Marathon des Sables (entre 80 et 95 km en général). Après avoir été dans la position du « tuteur », cela m’aurait ennuyé d’arriver après eux.

A l’arrivée contrat rempli avec un temps total (je crois que c’est la première fois que je parle de chrono dans ce blog) de 9h59 (sous la barre symbolique des 10h donc), ce qui est intellectuellement plus satisfaisant que les 10h08 de l’an dernier.

Mais voilà, cette année la SaintéLyon se déroulait sur terrain sec (à quelques exceptions boueuses près), sous des températures clémentes (environ 8 degrés) et selon un tracé un peu différent.

Les vainqueurs de l’étape finissent en 5h07 contre 5h20 pour le vainqueur 2014, ce qui représente une amélioration de 4% probablement due aux meilleures conditions de course (je suppose le niveau des élites constant).

Dans la mesure où mon temps ne s’est amélioré que de 1% environ, cela signifie que j’ai moins bien couru cette année que l’an dernier, ce que mon classement reflète (régression de 160 places par rapport à 2014).

Pas besoin de ces statistiques pour m’en rendre compte, l’an dernier j’avais aimé toute la course, cette année j’ai mis quatre heures avant de me mettre dans le rythme et, enfin, apprécier d’être en train de courir.

Tout cela n’est pas bien grave puisque je ne cours que pour me faire plaisir. Mais tout cela confirme qu’en se présentant deux fois sur la même ligne de départ, on risque de se gâcher le plaisir à cause de considérations chronométriques. Je n’ose imaginer ce qu’aurait été ma déception si j’avais mis quelques minutes de plus que la fois précédente …

Même quand on court pour le plaisir, la tyrannie du chronomètre s’impose.

Sauf qu’un de mes objectifs est de parvenir à très sensiblement améliorer mon chrono sur marathon. Et que la méthode que j’ai choisie pour ce faire est d’accumuler les kilomètres, plutôt que de travailler la vitesse.

Visiblement, cela ne fonctionne pas bien. Ou alors, c’est une stratégie de long terme. Le vieillissement du coureur n’est, bien entendu, pas un facteur à considérer.

 

45 ans – 45 bornes

Ce soir quand sonneront les douze coups de minuit, le compteur aura fait un tour de plus.

Pour marquer le(s) coup(s), je serai en train de courir quarante cinq kilomètres, la moitié avant l'heure fatidique, l'autre moitié après. 

Ce qui aurait vraiment eu du panache, cela aurait été de courir quarante quatre kilomètres avant minuit et quarante cinq juste après.

Mais je n'ai plus l'âge de ces bêtises …

O rage ! O désespoir ! O vieillesse ennemie !

N'ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ?

A suivre ….

Tor des Géants : course ou épreuve (Part 4) ?

Et après ?

Après avoir passé la ligne d'arrivée, pas d'émotion particulière tant nous avons eu le temps de nous faire à l'idée que nous parviendrions à rejoindre Courmayeur dans les temps. Et d'autant moins d'émotion qu'après la ligne d'arrivée, il ne se passe rien … Quelques spectateurs, quelques camarades coureurs, pas de remise de médaille, pas de buffet digne de ce nom (il nous a fallu contourner un mur d'image pour trouver une salle obscure et vide au milieu de la quelle une table avec quelques boissons trône, seule).

Nous retrouvons Thierry et nous installons sur une terrasse qui surplombe la ligne d'arrivée pour un combo pizza et bière qui arrive à point nommé (il est 14 h) et qui représente une année de consommation du gluten pour Thierry. Nous encourageons les quelques coureurs qui arrivent encore, dont le géant chinois chasseur de pommes de pin (qui ne se souvient manifestement pas de nous), Mattéo (qui semble avoir conservé quelques souvenirs de notre soirée hallucinations) et d'autres stars du Tor dont un asiatique qui court avec un sac à dos de la dimension d'une armoire normande : par respect pour la montagne, dit il, il veut tout porter avec lui même.

Il fait froid, nous engloutissons le tout à la hâte et nous traînons lamentablement au milieu de Courmayeur, pour la plus grande joie des touristes attablés au chaud, amusés par notre dégaine et notre démarche, pour tenter de rejoindre le palais des sports, à 1,5 km de l'arrivée, pour récupérer notre sac base de vie. Heureusement, l'hotel où le véhicule de Thierry est garé est à proximité de la ligne d'arrivée et nous pouvons profiter de ses roues pour arriver à destination.

Les adieux sont brefs ; nous sommes tous crevés. Nous savons que nous nous retrouverons le lendemain à la cérémonie de cloture de la course, à l'exception de Jean Sébastien qui, après une douche, reprendra la route pour tenter d'arriver dans le Sud Ouest de la France à un repas de baptême où il est parrain. Je n'arrive même pas à concevoir comment il va faire pour ne pas s'endormir au volant …

Me voici donc reparti en direction de mon logement, à deux kilomètres de là, chargé de mes deux sacs. C'est long. Presqu'autant que les deux étages qui mènent à ma chambre.

 

J'arrive dans la chambre comme je l'ai quittée, en prenant un selfie pour tenter de mesurer l'ampleur des dégâts de la course.

Mon premier objectif est de prendre une longue douche. Pour ce faire, je commence par retirer mes chaussures qui n'auront pas résisté à l'épreuve et partent directement à la poubelle après m'avoir fidèlement servi du Marathon des Sables 2015 au Tor des Géants 2016. Ma paire de chaussures de secours, qui m'a non moins fidèlement servie depuis mon premier trail (The Trail à Sens, en version 63 km) en Mai 2014, a subi le même sort et les rejoint au même endroit.

 

Voilà pour les uniques dégâts matériels.

Vient le moment de retirer le pantalon de randonnée que je porte depuis deux jours et qui me compresse les jambes, comme s'il avait rétréci à l'humidité. Au prix de nombreuses contorsions je parviens à m'en défaire et constate que ce n'est pas le pantalon qui a rétréci mais plutôt mon corps qui a commencé à se mettre en mode anti inflammatoire depuis notre pause nocturne à Saint Rhémy en Bosses. Mes jambes ont fait tellement de rétention d'eau pour protéger mes tendons de l'inflammation qu'il est impossible de passer ne serait ce qu'un fil dentaire entre mes orteils boudinés comme des saucisses apéritif et que mes jambes, de mes pieds à mi cuisse, ne sont plus qu'un long cylindre. Jambes droites, on ne distingue plus chevilles et genoux.

En revanche, ce qu'on distingue parfaitement, sur l'extérieur de chacun des deux pieds, c'est une superbe ampoule qui s'étend sur tout le côté du pied, du talon à la racine du petit orteil. Par chance, elles n'ont pas éclaté pendant la course, ce qui m'a évité l'inconfort de courir avec les chairs à vif. Je prends la sage décision de ne m'en occuper qu'après la douche, non pas parce que ce qui me reste de lucidité me permet d'analyser que les flots d'eau savonneuse me feraient chanter après les avoir percées, mais parce que je suis totalement incapable de suffisament de souplesse pour les atteindre avec épingles et ciseaux.

Après une longue douche, je revêts le plus chaud de mes sweat shirts et me glisse sous la couette après avoir monté le chauffage à fond -non pas qu'il fasse froid mais je grelotte, probablement à bout de calories à dépenser pour me réchauffer- avec la ferme intention de dormir jusqu'au lendemain matin. Je pense même à brancher mon réveil pour ne pas être en retard à la cérémonie de cloture de la course. J'éteins la lumière et m'endors en moins de temps qu'il ne faut pour l'écrire.

Une heure trente plus tard, je me réveille en sursaut, désorienté, inquiet. Je m'assieds au bord de mon lit, cherche des yeux chaussettes, chaussures et sac à dos pour repartir. Avant de m'apercevoir que ce n'est plus utile et que je peux me recoucher. Sauf qu'il n'y a pas que mon cycle de sommeil qui soit déréglé mais aussi mon cycle alimentaire. Voilà une semaine que je me nourris d'un repas complet, ou presque, toutes les trois heures environ, à chaque ravitaillement. La faim me tenaille l'estomac. Je melève donc pour rejoindre le centre de Courmayeur -1,5 km- et trouver un restaurant. Bien entendu, impossible d'enfiler quelque chaussure que ce soit ; seule solution, une paire de tongs offerte par l'UT4M un mois plus tôt et qui a pour double avantage de pouvoir contenir mes pieds et ne pas frotter sur mes ampoules pas encore traitées mais aussi comme double inconvénient d'être ouvertes -et il fait froid à la nuit tombée en montagne- et de supposer que mon gros orteil accepte de s'écarter suffisamment des autres pour pouvoir être enfilées.

Restaurant, retour dodo, et, de nouveau, réveil en sursaut après deux heures de sommeil. Une tasse de thé et quelques biscuits plus tard … le sommeil ne reviendra pas avant l'aube pour, de nouveau, un peu moins de deux heures.

Il me faudra trois jours pour pouvoir de nouveau chausser des chaussures à ma taille habituelle et une semaine pleine pour pouvoir de nouveau dormir au moins six heures d'une traite et me contenter de quatre repas par jour.

En revanche, aucun soucis pour trottiner. C'est même devenu, par réflexe, mon mode de déplacement par défaut dès que les trottoirs sont plats et dégagés de la foule.

 

Ce n'est qu'un au revoir (?)

La course s'achève samedi à 17 heures pour les derniers coureurs, la cérémonie de cloture a lieu le dimanche matin. J'ai une pensée émue pour les premiers qui ont du arriver mercredi et traînent donc à Courmayeur depuis.

Le palais des sports est plein à craquer de coureurs, finishers ou non, de leur familles et amis, de bénévoles, d'habitants de Courmayeur. Tous, sans exception, lorgnent vers le somptueux buffet qui fait honneur aux délicieux et généreux ravitaillements rencontrés pendant toute la course. Car au delà des ravitaillements officiels, certains particuliers, sur leur temps et deniers, assurent des ravitaillements "sauvages" pour les coureurs qui passent devant chez eux, au grand dam de l'organisation qui craint que l'égalité entre coureurs soit remise en cause par le fait que ces ravitaillements ne restent pas ouverts 24/24 pendant tout le temps de la course.

J'ai plaisir à retrouver Dimitri, finisher pour la deuxième fois, avec qui j'avais couru en début de course. A dire vrai, je suis choqué par son apparence physique : au moment où je le salue, il a la tremblotte, le visage creusé et me semble beaucoup plus maigre qu'il y a quelques jours. Je regarde autour de moi, et m'aperçois que l'on reconnaît facilement les coureurs qui ne sont arrivés que samedi : tous n'ont l'air que l'ombre d'eux mêmes ; une ombre rayonnante de fierté et/ou soulagement, certes, mais une ombre néanmoins.

Après les podiums qui honorent les différents vainqueurs et héros (dont les sénateurs), chaque coureur est appelé sur l'estrade. Pour s'y rendre, il fend la foule sur toute la longueur du palais des sports, foule qui le salue comme s'il avait gagné une étape du Tour de France. Brochette d'accolades sur le podium puis passage dans une arrière salle pour remise du sweat shirt finisher puis retour sur l'estrade pour une photo collective des finishers et organisateurs. L'ambiance est incroyable et, à dire vrai, j'ai un peu l'impression d'usurper ma place ; je ne suis guère qu'un coureur du dimanche qui a eu de la chance de faire les bonnes rencontres au bon moment ce qui m'a permis d'arriver à l'arrache ; je ne mérite certainement pas les ovations qui nous saluent. La photo finale terminée, je suis encore plus gêné quand une femme me demande un autographe sur un beau livre Tor des Géants dont je sais qu'il est très difficile à trouver car plus édité depuis plusieurs années ; elle n'en démord pas car elle veut récolter la signature de tous les finishers. Elle est aux anges quand Thierry dédicace la page où il figure en photo.

Cérémonie et buffet achevés, retour Chamonix puis Paris pour tenter de reprendre une vie normale.

Alors, heureux ?

Comme souvent, après un ultra, on en termine en se promettant de ne pas recommencer. Le Tor ne fait pas exception à cette règle. A cette habituelle réaction s'ajoute la conviction que ce n'est qu'au terme d'une succession de coups de chance (météo très clémente pendant les deux premiers tiers de la course, appairage avec l'expérience d'un sénateur, absence de pépins physiques) que j'ai pu terminer la course-qui plus est en bonne santé-  et qu'une deuxième tentative pourrait ne pas connaître une fin aussi heureuse.

Un mois après le début de la course, j'aurais été prêt à jurer qu'on ne me reprendrais plus à m'inscrire au Tor des Géants. Deux mois après le début de la course, au terme de la rédaction de ce long compte rendu, je ne serais pas aussi catégorique …

L'après, c'est aussi la poursuite d'une pratique a minima de la course à pied pour maintenir la continuité de la série #UnJourUnKm que j'avais initiée au début de mon entraînement pour le Tor des Géants. Mais l'envie n'y est pas et il me faudra près de trois semaines pour retrouver le plaisir de chausser mes running.

L'après, c'est aussi une virée Au Vieux Campeur pour une nouvelle paire de chaussures de trail : l'échéance Diagonale des Fous, un mois après l'arrivée du Tor, approche. Je suis stupéfait de constater que cette enseigne, pas franchement estampillée course à pied, a probablement le rayon de chaussures de trail le plus fourni de toute la région parisienne et des marques que je croyais ne pouvoir acquérir que sur internet sont disponibles. Bien entendu, après avoir exploré toutes ces nouveautés, je reprends la même marque et le même modèle qu'avant …

L'après, c'est donc la Diagonale des Fous que j'abandonnerai après un petit tiers de course. Système digestif en vrac et l'envie n'est pas véritablement présente. Je m'étais inscrit par défaut -car je n'avais pas été tiré au sort pour marathon de Londres, UTMB et Tor des Géants- afin de me donner au moins un objectif annuel avant, par la grâce du recours aux listes d'attente, de pouvoir participer au Tor des Géants. Pas totalement motivé, je ne me fais donc pas trop violence avant de rendre mon dossard … et de le regretter.

L'après, c'est aussi l'interrogation sur "what's next ?".

Première année de running, marathon.

Deuxième année de running, Marathon des Sables.

Troisième année de running, Tor des Géants.

Pour la quatrième année, j'ai bien entendu pensé à l'UTMB mais je crains de ne pas parvenir à me motiver pour la préparation (indépendamment du fait qu'il faudrait être tiré au sort) car la course ne fait que la moitié du Tor des Géants. Je me suis aussi essayé -en grand débutant- au triathlon et ai suffisament considéré l'idée de faire un Ironman (3,8 km de natation, 180 km de vélo, 42,2 km à pied) pour me renseigner sur les conditions d'inscription à un club mais je m'y suis pris trop tard … et je n'ai plus de vélo depuis que je me suis fait voler le mien. A court d'idées, je suis tourné vers internet et youtube pour tenter de trouver un objectif qui, comme pour les précédents, m'est aujourd'hui inaccessible mais néanmoins pas absolument et irrémédiablement hors de portée. Un embryon d'idée m'est venue, mais j'ai hésité.  Puis j'ai lu. L'idée s'est installée. Mais elle est franchement déraisonnable : à ce jour, je n'ai même pas le niveau pour me qualifier au tirage au sort qui permet d'éventuellement participer à la course.

Bref, pour la quatrième année, je souhaiterais participer au Sparthatlon.

246 km en 36 heures maximum, d'Athènes à Sparte.

Et pour se qualifier, plusieurs moyens. Courir plus de 180km en 24 heures et être tiré au sort ou courir plus de 216km en 24 heures pour être directement qualifié.

Or, sur 24 heures, mon compteur est bloqué à un peu plus de 100 miles ; il va falloir progresser vite et fort.

Prochain rendez-vous, le 2-3 décembre 2016 pour tenter de parcourir plus de 180 km en 24 heures au profit du Téléthon. Et ainsi avoir une chance d'être tiré au sort pour le sparthatlon 2017.

A suivre …

24 jours pour un 24 heures

Quand la nuit tombe tôt, la pluie s'installe dans le quotidien et les réseaux sociaux commencent à se couvrir d'images et vidéo de flocons et pentes enneigées, on sait que Novembre est là.

Quand des images de la SaintéLyon occupent un post sur deux dans la communauté des coureurs (désolé pour le marathon de la Rochelle), on sait que début décembre approche.

Pour faire mentir (temporairement) l'adage jamais deux sans trois, je ne me rendrai pas à la SaintéLyon cette année. Malgré une organisation logistique optimisée grâce à la gentillesse d'un voisin runner (merci Claude) qui m'avait permis d'éviter l'étape retrait de dossard à Lyon, j'ai consacré l'an dernier 24 heures à la course pour ne courir qu'une petite dizaine d'heures.

Cette année, quitte à consacrer 24 heures à une course, j'aime autant courir pendant ces 24 heures.

Après deux éditions caritatives de la No Finish Line Paris sur le format 24 heures, ce sera cette année sur le format Telethon avec une inscription aux 24 heures de Les Ulis le premier week-end de décembre. J'aime bien ces courses caritatives, cela permet d'allier l'utile à l'agréable (n'hésitez pas à vous inscrire).

Bref, jamais deux sans trois.

Et comme je suis un coureur qui se prend au sérieux et prépare avec minutie ses courses, j'ai prévu large pour ma préparation : il me reste 24 jours d'ici le départ ce qui, comparé aux plans d'entraînement habituels de trois à six mois, n'est pas si mal ….

Enfin, 24 jours, c'est à dire en comptant le jour du départ (vendredi 2 décembre) et hier …

J'ai donc, restropectivement, commencé à courir hier pour me préparer à cet objectif.

Ayant bien en tête que ce qui fait la différence sur une course de vingt quatre heures, ce n'est pas la vitesse mais la capacité à courir aussi longtemps que possible avant, si nécessaire, de passer à une marche rapide, j'ai décidé de consacrer ma courte préparation à des séances de course à un rythme très tranquille pour que le corps s'habitue à cette allure.

Sauf qu'hier, j'ai tenté une séance d'entraînement avec le Team Trail Paris ( http://www.teamtrailparis.fr/ ). Une bande de sympathiques fous furieux qui, le mercredi en tout cas, pour agrémenter leur soirée, attendent qu'il pleuve à verse pour courir comme des dératés pendant une heure dans les rues de Montmartre en évitant toute rue susceptible de contenir une section de plat. Et comme ils courent aussi vite en montée que je cours sur le plat, je n'ai pas eu l'occasion de mettre en pratique mon plan d'entraînement spécifique 24 heures.

A suivre …

24 jours pour un 24 heures

Tor des Géants : course ou épreuve ? (Part 3)

Ménage à trois

Le début de la deuxième moitié de la course est à l'image de ce que je ressentirai jusqu'à la fin de l'aventure, c'est à dire, pas grand chose.

Autrement dit, je suis dans le même état de forme que quiconque a passé une nuit blanche : trop fatigué pour me rendre compte que je n'ai pas toute ma lucidité ; assez fatigué pour ne me concentrer que sur ce que j'ai à faire et pas sur mon environnement. Bref, esprit brumeux, à l'image du ciel.

 

La nuit, sans difficulté altimétrique particulière (nous évoluons entre 1700 et 2300 m d'altitude), se résume à deux dialogues.

Le premier dialogue est plutôt un monologue de mon corps. Pendant la première heure, les prémices d'une tendinite aux tendons releveurs de la jambe droite s'installent. Je sais que si la tendinite se confirme, la course sera terminée pour moi : j'ai déjà donné et impossible d'avancer sur le plat sans releveurs ; je n'ose même pas imaginer ce que cela peut donner en montagne (même si je crois me souvenir que Christophe Le Saux, dans une édition précédente du Tor des Géants, courrait en marche arrière pour moins souffrir de cette tendinite). Peu à peu, la douleur évolue et se loge à l'extérieur de mon genou droit. Je reconnais immédiatement les symptomes du syndrome de l'essuie glace ou TFL. J'ai déjà donné et cela m'a conduit à l'abandon sur mon premier trail de montagne, deux ans plus tôt, à la 6000D. Je reste à l'écoute de mon genou pendant quelques instants mais la privation de sommeil, par chance, m'interdit de rester concentré trop longtemps. J'ai mal et puis j'oublie que j'ai mal. Une vive douleur dans la cheville gauche fait office de rappel. Curieusement, la douleur au genou droit a disparu mais la cheville gauche commence à brûler. J'en arrive à la conclusion que mon corps a compensé en soulageant le genou droit au détriment de ma cheville gauche. N'empêche que gauche ou droite, j'aurai besoin de mes deux jambes pour arriver au bout. Je ne suis donc pas plus rassuré. Une heure plus tard, c'est au genou gauche de tirer. Je vous fais grâce des douleurs aux muscles fessiers, puis au dos, puis aux épaules (sac et batons mobilisent le haut du corps). Après six heures de manège des douleurs, avec à chaque fois une inquiétude certaine tant j'ai vu de coureurs abandonner à cause de tendinites justement, plus rien. Un peu comme si mon corps avait tenu à me rappeler qu'il n'était pas obligé de participer à mes aventures en montagne. Avant de rentrer dans le rang et ne plus m'ennuyer jusqu'à la fin de la course. Merci body, you're my buddy.

Le second dialogue est, lui aussi, plutôt un monologue. Thierry me décrit avec une précision topographique étonnante le chemin restant à parcourir, les temps de passage probables ou souhaitables, les difficultés à venir. Pour moi qui suis capable de me perdre sur un chemin déjà emprunté une douzaine de fois, cela tient du prodige. Et surtout, cela me permettra, jusqu'à la fin de la course, d'économiser une énergie mentale considérable. Plus besoin d'être vigilant en matière de balisage, plus besoin de me lancer dans de longs calculs pour déterminer si notre allure est bien conforme à celle qui nous faut tenir jusqu'au bout, plus de noeuds au cerveau pour déterminer où dormir et combien de temps, plus d'angoisse quant au bon respect des barrières horaires. Ne restera, grâce à l'expérience et l'expertise de Thierry qu'à profiter de l'instant, des paysages, du plaisir -parfois masochiste- d'être en montagne et des rencontres. Et si j'en crois Thierry, il conviendra aussi d'ajouter les plaisirs culinaires : les ravitaillements sont censés nous proposer filets de truite cuits à la plancha, jambon grillé, polenta, lasagnes, etc, etc. 

Nous arrivons au petit matin au col della Vecchia (col de la vieille ?) où, conformément aux prévisions de Thierry, un feu est allumé sous une grande ardoise et des côtelettes d'agneau sont mises à cuire pour accompagner une polenta que l'on peut choisir nature ou aux champignons. A plus de 2 000m d'altitude, sans autre infrastructure qu'une sorte d'Algeco déposé par hélicoptèreà l'occasion de la course. Un petit vent frais aurait pu gâcher ce moment, si nous n'avions pu profiter de couvertures pour nous asseoir au chaud pour profiter de ce festin.

Au moment où l'idée de repartir commence à faire son chemin, un jeune (tout est relatif, Thierry et moi ne sommes pas des perdreaux de l'année) français, Jean Sébastien, nous aborde et, assez naturellement, nous repartons à trois en direction Niel.

Descente quelconque qui voit le ciel s'assombrir, la pluie commencer à tomber puis les nuages se déchirer et violement nous arroser. Thierry et moi sprintons et réussissons à ne subir que la première minute de la forte averse, à éviter la grèle et à nous installer à la seule table encore disponible dans le refuge. Jean Sébastien qui a pris un peu de retard dans la descente profite à plein du déluge et arrive complètement trempé cinq minutes après nous. A tel point trempé que la bière pression que j'ai commandée ne lui fait même pas envie ; il a assuré son hydratation par voie externe.

Nous ne sommes pas mécontents de nous reposer, polenta et bière en main, pendant que Jean Sébastien tente de sécher. Nous considérons avec inquiétude alternativement la météo qui ne semble pas vouloir s'améliorer et nos montres qui avancent irrésistiblement. Dès que le déluge se transforme en pluie soutenue, seulement, nous décidons de nous remettre en route, protégés de pied en cap par nos vêtements de pluie.

La montée au dernier col qui nous sépare de la base de la quatrième base de vie, Gressoney, nous permet de faire connaissance avec Jean Sébastien. Pour être plus précis, il se présente et ne parvient guère à me soutirer la moindre information. Je suis au bord de la défaillance cardiaque et respiratoire à chaque ascension ; je n'ai donc guère les moyens physiques de répondre à ses questions. Sans surprise, son expérience de course en montagne est beaucoup plus significative que la mienne. Son enthousiasme à ce stade de la course fait plaisir à entendre et son rythme en montée me fait m'interroger sur les raisons qui le placent à notre niveau et non pas de nombreuses heures devant nous.

Arrivé au col, nous nous engageons dans la descente vers la base de vie et, plus à l'aise, je m'apprête, enfin à répondre aux questions de Jean Sébastien … sauf qu'il a disparu dans le rétroviseur. Je me demande s'il a craqué après la montée et si nous ne le reverrons plus ou si son rythme en descente est juste plus lent que le notre. Je me dis que s'il arrive peu de temps après nous à la base de vie, la deuxième hypothèse sera la bonne et qu'il me suffira de ralentir un peu en descente pour conserver le trio uni et ainsi augmenter nos chances d'aller jusqu'au bout. Visiblement Thierry souffre et subit des épisodes de doute, il ne cesse de refaire les calculs de barrière horaire, et a besoin de compagnie ; pour ma part, j'ai besoin d'une locomotive en montée, mon point faible ; Jean Sébastien semble avoir besoin d'une locomotive en descente, c'est un rôle que je peux assumer.

Nous finissons, après une pause au ravitaillement d'Ober Loo qui offre des raviolis frais cuits à la demande, un concert de cloches et autres instruments valdotains non identifiés, par parvenir à Gressoney où Jean Sébastien nous rejoindra. Je décide de m'en tenir à mes propres règles : une heure trente de sommeil, une douche rapide si possible, un repas et départ. Je suis toujours très étonné de voir le temps que les coureurs passent assis, les yeux dans le vague, devant leur assiette plutôt que de dormir franchement. Quitte à "perdre du temps", autant que ce soit de manière efficace.

 

Elephants roses et requins marteau

Nous repartons à trois de Greyssoney, quatrième base de vie, à la tombée de la nuit, après un peu moins de deux heures sur place et 4h30 d'avance sur la barrière horaire. La section qui se présente à nous, comme toutes les sections de course impaires, s'annonce paisible avec seulement deux cols significatifs et 34 km avant la prochaine base de vie de Valtournenche. C'est en tout cas ce qu'annonce, sur le papier, le profil de course.

Difficile d'ignorer, pourtant, que nous serons sur les chemins de nuit, que la météo annonce froid et pluie, voire neige, et que le début des réjouissances, après quelques kilomètres de quasi plat, est une ascension de 1400 m de dénivelé en 4 ou 5 kilomètres.

Nous cheminons de concert vers le refuge d'Alpenzu, au début de l'ascension du col Pinter et observons température et pluie qui commencent à tomber de concert. Jusqu'à maintenant, nous avions pu profiter d'un Tor des Géants aux conditions météorologiques clémentes et agréables mais le spectre de l'interruption de course de l'année précédente à cause du déluge continu qui s'est abattu sur la course pointe le bout de son nez.

Nous accélérons le pas dans les derniers hectomètres avant le refuge d'Alpenzu pour échapper à la pluie qui redouble et finir de nous vêtir de l'ensemble des effets transportés dans notre sac pour tenter de conserver un minimum de chaleur.

Nous repartons promptement dans la nuit noire, sous une pluie nourrie qui tombe presque à l'horizontale tant le vent, frais, est fort. Il ne nous faut pas plus de cinq minutes pour grelotter. A mi parcours du premier raidillon, il apparaît que Thierry ne nous suit plus. Jean-Sébastien marque une pause pour l'attendre, je lui signifie que je continue à monter pour me mettre à l'abri d'un bâtiment isolé situé quelques centaines de mètres plus loin. Je crains de m'arrêter car j'ai froid et je garde un très mauvais souvenir d'une hypothermie subie, de nuit, sous la pluie, sur une course il y a un peu plus d'un an. Je parviens au bâtiment repéré et parviens, tant bien que mal, à m'abriter du vent et de la pluie sous un auvent, en me plaquant contre la porte. Jean-Bastien me rejoint sans avoir vu de lampe frontale annonciatrice de l'arrivée de Thierry. Nous ne nous expliquons pas son retard eu égard au peu de chemin parcouru depuis Alpenzu ; nous en concluons qu'il a du rebrousser chemin. Nous débattons alors de savoir s'il convient de continuer seuls ou de rebrousser chemin. Comme je suis le plus lent des trois en montée, je suis partisan de poursuivre l'ascension ; je n'ai aucune envie de me priver de la compagnie et de l'expérience de Thierry et suis confiant dans sa capacité à me rattraper. Jean Sébastien, fatigué et frigorifié semble hésiter à affronter l'ascension dans les conditions météo actuelles et souhaiterait rebrousser chemin. La persepective de me retrouver seul, en risque d'hypothermie, en pleine nuit, dans les montagnes ne m'enchante guère mais je sais que si je retourne au chaud, je en repartirai pas tant le temps est pourri. Nous en sommes à ce stade de nos réflexions quand nous voyons enfin arriver Thierry qui s'étonne que nous l'ayons attendu. 

Nous reprenons l'ascension qui se fera à un train d'escargot anémique. Il fait si froid que nous craignons tous que la température ne baisse encore de de quatre ou cinq degrés : nous aurions alors un véritable problème à gérer avec comme seule solution disponible l'usage de nos couvertures de survie. La privation de sommeil commence à faire sentir ses effets. Jean Sébastien parle aux cailloux, mais uniquement aux plus petits d'entre eux. Thierry voit des requins entre les rochers. Le plus étonnant est que l'un et l'autre ont conscience que ce n'est pas tout à fait normal mais ne peuvent pas se défaire de leurs hallucinations. Le pire de l'affaire, c'est que j'envie leur état second qui leur permet, probablement, d'oublier un peu pluie et vent froids. S'il fallait établir un top 3 des moments les plus difficiles de la course, cette ascension y figurerait, pas tant à cause du dénivelé mais plutôt à cause des conditions météo.

Nous arrivons hébétés au Col Pinter et entamons la descente vers Champoluc. Comme à chaque descente nocturne depuis le début du Tor, je glisse et tombe malgré la concentration et les précautions prises. Comme je semble être le seul à tomber, je suis vexé et énervé. Je décide donc d'accepter le fait que je vais de toute façon tomber et que, quitte à faire, autant prendre moins de précautions en descente, aller un peu plus vite et me détendre un peu plus pour éviter de me casser quelque chose en tombant. Après quelques dizaines de mètres, j'y parviens et, fatigue aidant, je parviens même à ne plus autant me concentrer sur le terrain. Bien entendu, ce qui devait arriver arriva : je ne suis plus tombé de la course ! Il semblerait qu'en course à pied aussi, le mieux est l'ennemi du bien … Moins concentré sur le bout de mes chaussures, je peux aussi mieux observer notre environnement. J'avise un couple de renards, assis sur un rocher, comme au spectacle, regardant passer les coureurs. Soupçonnant une hallucination, je n'en dis rien à mes compagnons de route. Il apparaîtra, plus tard, au détour d'une discussion que les renards sont légion dans la région ; dans la mesure où ceux que j'ai vus ne m'ont ni parlé, ni fait signe, j'en déduis qu'ils n'étaient pas le fruit d'une hallucination.

Champoluc n'est situé qu'à environ 16 km de Greyssoney. Il nous aura néanmoins fallu près de 10 heures pour couvrir cette distance. Et le plus fort, c'est que malgré cette vitesse de progression très limitée, nous avons repris de l'avance sur la barrière horaire.

Après l'épreuve de la nuit, curieusement, la deuxième partie de l'étape se passe de manière fluide. Réchauffés, pas mécontents d'évoluer à la lumière du jour, nous laissons Thierry nous faire une visite guidée, sur le mode humoristique des chemins que nous empruntons, discutons football et convenons de concert que ce n'est pas un véritable sport comparé à l'ultra trail. Si nous étions en mesure d'accélérer un peu pour avoir l'impression d'être des coureurs, la matinée serait parfaite.

Nous arrivons à la base de vie de Valtournenche à la mi journée, en ayant gagné encore un peu de temps sur les barrières horaires, pas mécontents d'en avoir fini avec cette section de course qui, sur le papier, semblait la plus abordable mais nous aura fortement éprouvés.

Pour la première fois, je comprends l'intérêt du sac base de vie. Jusqu'à maintenant j'y piochais quelques provisions que je finissais par ne pas manger et, parfois, pour faire comme tout le monde, changeais de t shirt ou chaussettes ce qui, odeurs mises à part, n'était pas franchement une nécessité vitale comme me l'a enseigné le Marathon des Sables l'année précédente. Mais aujourd'hui, avoir accès à un change sec, après presque vingt quatre heures passées à essuyer averses, grèle et pluie soutenue, ne relève pas du confort mais de la nécessité. Erreur stratégique de ma part, je n'ai pas prévu de deuxième paire de gants. La mienne est complètement trempée car je n'ai utilisé mes sur gants imperméables que trop tard et je n'ai donc pas de solution de rechange en cas de besoin, sauf à utiliser les sur gants comme gants.

Comme à mon habitude, et aussi par ce que sais que mes compagnons de route ne voient pas les choses de la même manière que moi -puisqu'ils ne dorment pas en milieu de journée, preférant comater devant une assiette- et risqueraient de s'impatienter, je ne perds pas de temps. A peine arrivé, direction un lit pour une heure et demi de sommeil. Quand je me lève à la recherche des douches, je croise Jean Sébastien, déjà piaffant d'impatience, remonté comme un coucou et souhaitant repartir. A ce détail près qu'il ne retrouve pas Thierry. Je lui dit que je me prépare, boucle mon sac, m'alimente, trouve Thierry et repars, le tout en quinze minutes. Je ne sais pas si il me croit, mais je sais que tout ceci me prendra une demi heure. C'est d'ailleurs pour ça que je n'ai dormi qu'une heure et demi, pour maintenir le temps de pause à deux heures. Je retrouve Thierry, en compagnie de Jean-Michel Touron, sous la douche qu'ils viennent d'achever quand j'y entre. Il s'agit de douches collectives, comme dans tout gymnase ; aucune intimité donc. J'ai la surprise de voir entrer une femme de ménage qui vaque, sans sourciller, à ses ocupations professionnelles en slalomant entre les coureurs en train de se savonner, se déshabiller ou se vêtir. Les français en restent baba, les italiens ne voient pas où est le problème. Déconcertant … Je retourne à mon lit, range mon sac base de vie et le remets à l'organisation, finalise mon sac à dos, me chausse et me dirige vers le réfectoire pour m'alimenter avant de repartir. Je m'attends à devoir me presser puisque Jean Sébastien piaffait déjà il y a vingt minutes et Thierry est sorti de la douche depuis quinze minutes. Je trouve bien Jean Sébastien … qui est à la recherche de Thierry. Nous entamons une recherche commune et finissons par en conclure que Thierry a du repartir ; personne ne l'a plus vu depuis presque une demi heure. Par acquis de conscience, je vais vérifier si son sac base de vie a bien été restitué à l'organisation, ce qui indiquerait qu'il est probablement bien parti. Surprise, pas trace du sac ; il est donc encore sur place. Cinq minutes plus tard, je finis par le découvrir ; en sortant de la douche, il a trouvé une chaise d'écolier, rangée dans un coin, où il s'est brièvement assis pour s'occuper de ses pieds douloureux. Il s'y est endormi.

Le trio reconstitué, nous repartons … après 2h10 de pause.

 

Plus que 100 bornes

Il nous reste exactement 100km à parcourir avant de franchir la ligne d'arrivée. Il est un peu tôt pour se réjouir d'être finisher, mais cela n'empêche pas de se dire que si on arrive au terme de cette section sans incident ou blessure, alors, il sera temps de commencer à se réjouir. Dit autrement, une fois les 48 km et trois ou quatre cols situés à plus de 2500m d'altitude qui nous séparent de la base de vie d'Ollomont franchis, il ne restera plus qu'une étape.

Je suis à peu près incapable de décrire cette étape, pourtant longue, les souvenirs qui m'en restent sont brumeux. Je suis, pendant cette après midi du jeudi et cette nuit du jeudi au vendredi, comme coupé du monde, le regard tourné vers l'intérieur. Mon horizon se limite au terrain ou aux pieds qui sont devant moi, aux fanions jaunes de balisage, aux questions de mes compagnons de route et aux quelques rencontres et échanges avec d'autres coureurs.

Nous restons collectivement surpris par la stratégie de course de Jean-Michel Touron qui nous dépasse régulièrement comme une fusée pour ensuite passer beaucoup de temps dans les refuges ou bases de vie, perdant le temps gagné avant. Sa course ressemble à une succession de "sprints" entrecoupée de phases de récupération. Eu égard à la fatigue accumulée depuis un mois, peut être était ce son seul moyen de continuer à avancer. Toujours est il que l'exploit semble, pour lui, à portée de main. Sachant que je doute que lui même analyse sa succession de courses comme un exploit tant il semble modeste.

Pour ma part, je commence à percevoir des signaux de la fatigue accumulée. Pour la première fois, lorsque nous nous arrêtons dormir deux heures en milieu de nuit, je ne me dévêt pas alors que je sais pertinemment que c'est un moyen infaillible de ne pas parvenir à se rechauffer au réveil. Mais j'ai trop besoin des deux minutes de sommeil que cela m'aurait coûté d'enlever plus que mes chaussures et chaussettes. Le départ à cinq heures du matin du refuge de Cuney sera glacial, comme prévu.

Au terme d'un raisonnement que je n'ai ni suivi, ni compris, mais tout à fait convaincant, Thierry nous démontre que si nous franchissons le Col de Vessonaz avant une heure donnée (que j'ai oubliée depuis), alors, nous aurons la certitude de finir le Tor des Géants. Pourquoi ce col ci plutôt qu'un autre ? Mystère. Toujours est il que je prends pour argent comptant cette prévision, et ce avec d'autant moins de difficultés que Thierry ne s'est jamais trompé de plus d'une demi heure sur la longueur de nos étapes ; la force de l'expérience du Sénateur.

Nous parvenons à franchir le Col de Vessonaz avec près d'une heure d'avance sur le temps estimé nécessaire par Thierry. Ce col n'a rien de particulier, ni en termes de vue, ni en terme de difficulté. Il est même assez quelconque. Et pourtant, quelques mètres après l'avoir franchi, je verse une petite larmette d'émotion. Ca y est, je vais boucler le Tor des Géants, mon Everest du running, un objectif totalement déraisonnable eu égard à mes qualités athlétiques, mon peu d'entraînement et mon peu d'expérience que ce soit en montagne ou en course à pied. La petite larmette dure quelques hectomètres et puis … nous continuons à trottiner car il reste quand même environ soixante quinze kilomètres avant de franchir la ligne d'arrivée. Paradoxalement, d'avoir acquis la certitude, ou quasi certitude, d'en finir du Tor des Géants a un effet démobilisateur et pendant quelques kilomètres il me faut me faire violence pour retrouver la sérénité d'esprit (ie, l'état d'abrutissement) qui sied aux ultras quand la limite psychologique que nous nous sommes imposés en matière de possibilités physiques est dépassée.

Nous entamons la longue descente vers Oyace où Thierry nous a annoncé des lasagnes succulentes qui, à elles seules, justifient de passer du temps sur place. Comme nous allons arriver en milieu de matinée, cette perspective nous met l'eau à la bouche ; après tout, nous nous sommes levés à 5h et n'avons pas chômé depuis. Je mets fin tout de suite au suspens : pas l'ombre d'un plat à lasagnes à Oyace. Un ravitaillement minimaliste bien décevant au regard de tous les ravitaillements rencontrés en chemin, à base de charcuterie et fromages locaux, pâtes fraîches, polenta, etc, etc.

Nous repartons en direction du col Brison où une barrière horaire mal calculée, c'est à dire incohérente avec les vitesses de course sur le parcours, a été ajoutée par l'organisation juste avant le départ. En deux mots, si on arrive juste à la barrière horaire au col Brison, il faut courir aussi vite que ceux qui ont gagné la course pour avoir une chance de ne pas être éliminé par la barrière horaire suivante, à Ollomont. L'aberration arithmétique nourrit les discussions entre coureurs de fin de peloton, et ce d'autant plus que cette section de course voit tout le monde perdre du temps sur les barrières horaires. Le mode de calcul de celles ci est inconnu ; un néophyte comme moi imagine que, par exemple, elles sont calées sur la performance des vainqueurs qui sont ensuite affectées d'un coefficent, un peu comme pour l'obtention des médailles de ski de l'ESF en slalom. Une telle solution aurait pour avantage que les écarts entre barrières horaires soient cohérents avec les vitesses de progression des coureurs. Or, tel ne semble pas être le cas puisque Thierry nous a expliqué n'avoir jamais réussi à gagner de temps sur les barrières horaires dans la seconde partie de la course (alors qu'il a fini dans le premier tiers du classement l'an dernier) et qu'alors que notre avance est stable autour de 7 heures depuis deux jours, nous perdons cinq heures de cette avance en une journée. Dit autrement, les barrières horaires semblent être un instrument de gestion des flux de coureurs pour l'organisation et non un indicateur fiable d'allure de course auquel se référer, contrairement à ce que nombre de coureurs, dont moi, pouvions penser.

Nous progressons vers Ollomont où Thierry nous a signalé, juste avant l'arrivée à la base de vie, un excellent glacier où la tradition veut qu'on s'arrête pour faire honneur à sa production. Mais finalement, pas plus de glacier ouvert à Ollomont que de lasagnes à Oyace. Cette étape aura donc été celle des frustrations culinaires.

Nous arrivons à Ollomont avec moins d'une heure et demi d'avance sur la barrière horaire. Nous décidons d'y rester moins longtemps que dans les autres bases de vie. Je limite donc mon sommeil à trente minutes dans une base de vie traversée par un champ de boue et envahie par les familles, amis et soutiens, ce qui, en Italie, ne contribue pas à la quiétude des lieux et à la qualité du repos.

 

Last, not least

Nous nous élançons donc, en fin d'après midi, pour la dernière étape. Il nous reste exactement vingt quatre heures pour rejoindre Courmayeur. L'étape, de cinquante kilomètres, a pour point culminant le col Malatra (presque 3000m) dont on nous dit qu'il est enneigé ce qui rendrait le port des crampons obligatoire.

La météo est incertaine et le plafond de nuages bas. J'ai donc revêtu (aussi parce qu'il est sec) un pantalon de randonnée acheté à la dernière minute chez Décathlon et n'ai pas hésité à surcharger un peu mon sac en textile pour faire face au froid. Seule inquiétude : mes gants n'ont toujours pas séché depuis deux jours.

Pour bien nous faire sentir que l'aventure est loin d'être terminée, l'étape débute par l'ascension du col Champillon (2 700m) soit 1 300m de dénivelé à avaler en une demi douzaine de kilomètres. C'est raide, c'est rude. La descente est à peine moins raide et, se déroulant en milieu de nuit, semble ne jamais devoir prendre fin. J'ai le plaisir d'avoir un regain de forme et, sans trop réfléchir, prends les devants et me fait véritablement plaisir à courir à bonne allure dans les portions les moins raides de la descente. Assez vite, je me rends compte que je n'ai pas prêté attention à mes compagnons de route et qu'ils ont décroché. Je m'installe tranquillement sur le bord du chemin pour une pause Ovomaltine avant de repartir, une fois le trio reformé, à une allure plus raisonnable et plus conforme à notre état de fatigue général.

Nous attaquons une longue portion de faux plat descendant, environ 15km, jusqu'à Saint Rhémy en Bosses. Comme nous avons peu d'avance sur les barrières horaires, pas d'autre choix que de courir sur cette section, perspective qui n'enchante personne : nous nous sommes tellement habitués depuis une semaine à alterner marche rapide et course que personne n'est certain de pouvoir tenir la distance à un rythme raisonnable. Dès le début Thierry, toujours en Croc's, éprouve des douleurs aux pieds qui l'obligent à faire plusieurs pauses pour tenter de trouver une solution moins pénible. Il nous invite à partir devant, nous l'attendons.

Soudainement, un italien rouquin nous aborde et nous dit : "Je n'ai pas assez dormi, je vois des choses effrayantes et j'ai peur. Est ce que je peux me joindre à vous jusqu'au prochain ravitaillement ?". Je le prends sous ma coupe et Jean Sébastien prend Thierry sous son aile et nous progressons, en deux binomes, en trottinant. Je fais parler l'italien autant que possible afin qu'il se concentre sur autre chose que ses hallucinations. Il s'appelle Matteo et est avocat. Pendant la première demi heure. Ensuite, il apparaît qu'il serait plutôt skieur de l'extrême. Pendant une demi heure. Finalement, il me décrit sa vie d'archéologue. Pendant une heure. Avant que je ne finisse par comprendre qu'il est architecte. Pendant une demi heure. Bref, il a complètement perdu les pédales mais, par bonheur, il a tellement peur de se retrouver seul avec ses démons qu'il se cale sur mon rythme sans gémir et ne me fait pas perdre de temps. S'en occuper est un boulot à temps plein et je ne pense pas à vérifier où en sont Thierry et Jean Sébastien. Comme ils sont habituellement un peu plus lents que moi en plat, j'espère juste qu'ils n'ont pas lâché l'affaire et n'accumulent pas de retard. Matteo en est à finir de m'expliquer les contraintes de son métier d'architecte quand, au sommet d'une petite butte, éclairé par la lune, un géant chinois bloque le passage. Il tourne lentement en rond sur le chemin, regard fixé au sol, bâtons de marche tenus haut en l'air, comme des harpons. Soudain il crie et harponne quelque chose au sol. Je m'approche avec prudence pour constater … qu'il chasse des pommes de pin. Lui aussi semble avoir perdu les pédales. Je le prends par le coude et l'entraîne avec nous en direction de la prochaine étape. J'ai de la chance qu'il se laisse faire avec docilité, il doit mesurer 1m95 et peser pas loin de 90kg. Je tente d'entamer la discussion avec lui mais il ne parle ni français, ni espagnol, ni allemand, ni italien et a tout oublié de son anglais à part une phrase "Where are you from ?". Je luis demande son nom (c'est écrit sur sn dossard mais c'est pour l'obliger à revenir au monde réel et oublier ses hallucinations). Il rit et me répond "Where are you from ?". Je lui réponds et lui redemande son prénom. Il rit et me répond "Where are you from ?". Je précise alors que je viens de Paris, que Paris est en France et que la France est en Europe. Il rit et me répond "Where are you from ?". Matteo prend le relais. Lui montre son dossard avec son nom, lui montre mon dossard avec mon nom et fini par demander au chinois son nom. Rires, "Where are you from ?". Matteo explique d'où il vient et, plus malin que moi, retourne la question à notre géant asiatique "Where are you from ?". Regard perplexe du chinois qui répond "What ?". Bien entendu, ce dialogue se déroule de nuit, en courant, en prenant beaucoup plus de temps qu'il ne vous en faut pour le lire, ce qui est un peu l'objectif. Il me faut traîner les deux boulets jusqu'au prochain ravitaillement et je ne souhaite pas qu'il retombent dans leurs hallucinations. En effet, nous avons appris un peu plus tôt qu'un coureur,ayant perdu l'esprit, a tenté de se suicider en se jetant du haut d'un pont pour échapper à la course. Heureusement, ses compagnons de route l'ont retenu. Un autre, complètement parti aussi, a été arrêté par le staff médical ; quand il s'est réveillé à l'hopital, furieux d'avoir été éliminé, il tente de repartir, à demi nu, et détruit l'ensemble de sa chambre quand le personnel médical s'y oppose. Bref, quoi qu'il m'en coûte de ces dialogues un peu WTF, je n'envisage pas d'abandonner ces deux forçats de la route au bord du chemin … d'autant qu'ils me fatiguent mais ne me ralentissent pas trop.

Soudain, j'entends au loin de la musique et des applaudissements ; j'en conclus, vu que nous sommes au milieu de la nuit, que cela annonce le prochain refuge où nous pourrons dormir. Je ralentis donc le rythme, soulagé d'arriver, et pour attendre les deux autres membres de notre trinome pour décider de ce que nous faisons même si la seule option que j'envisage est celle du sommeil. Nous arrivons à un village dont nous voyons de loin la porte d'entrée, éclairée, encadrée par plusieurs véhicules tous phares allumés, entourés d'une foule de supporters. En arrivant à leur hauteur, j'ai déjà retiré mon sac à dos que je tiens en main … avant de me rendre compte qu'il ne s'agit "que" de locaux venus passer une partie de leur nuit pour encourager les coureurs tout en écoutant de la musique et buvant de la bière. La route ne fait que traverser le village avant de replonger dans la nuit. Je remets mon sac à dos et me remobilise pour atteindre Saint Rhémy en Bosses.

Comme par miracle, au moment où j'atteins cette étape, j'entends Jean Sébastien me rattraper. Je m'inquiète de Thierry avant de comprendre qu'il n'est que quelques pas derrière. Je comprends à demi mots que cette portion de route a été terrible pour l'un et pour l'autre et que la solidarité a joué à plein entre eux. Rassuré d'être réunis, je suis aussi un peu inquiet de leur état de fraîcheur.

Nous convenons de dormir deux heures et, cette fois-ci, je ne prends même pas la peine de retirer mes chaussures ; je me contente de les délacer. Trop fatigué. Et puis, je suis face à l'éternel dilemme du coureur d'ultra qui doit à tout prix protéger ses pieds pour éviter de courir sur des ampoules sans cesse grandissantes. Vaut il mieux systématiquement se laver les pieds, les enduire de crème, changer de chaussettes et changer de chaussures ou surtout ne rien changer à une combinaison qui fonctionne, c'est à dire ne pas changer quoi que ce soit tant qu'aucune ampoule n'est apparue ? Je suis partisan de la philosophie "If it ain't broken, don't fix it" ou "on ne change pas une équipe qui gagne". Donc même après avoir couru dans la boue et les bouses, on garde chaussettes et chaussures pour éviter de perturber l'équilibre d'un éco système qui semble fonctionner. Comme, à ce stade, je n'ai pas l'ombre d'une ampoule, je me félicite de ce choix.

Le réveil est rude. Mes pieds ont gonflé et je relace très lâchement mes chaussures, uniquement pour ne pas trébucher sur les lacets ; bien que deux tailles plus grandes que ma pointure habituelle, je pourrais désormais les porter sans lacets. Par ailleurs, je sens mes mollets comprimés, comme si, à l'instar de beaucoup de coureurs, j'avais porté des chaussettes hautes de compression, ce que je ne fais pas.

Je ne m'en fais pas, l'essentiel est sauf : les jambes ne sont pas trop raides, les pieds ne sont pas douloureux, le mental tient malgré le froid.

Nous repartons aux pires heures de la nuit.

Les commissaires de course vérifient que nous avons bien nos crampons car leur port est obligatoire pour passer le col de Malatra qui est enneigé. Et ils alpaguent Thierry qui n'a pas le droit de courir en Croc's ; le règlement, depuis cette année, stipule qu'il faut de véritable chaussures de course … comme j'ai pu le constater au contrôle du matériel obligatoire avant la course. Thierry tente de plaider qu'il ne portera ses Croc's que sur la portion de route avant de chausser ses chaussures de trail sur les chemins. Les commissiares de course ne veulent rien entendre. J'observe la scène avec recul car je suis en train d'eassayer d'ingurgiter un dernier thé, au goût de Viandox, avant de repartir dans le froid. Thierry se met à l'écart pour chausser ses chaussures de trail. Je vois le principal commissaire de course s'abriter derrière une tente et commencer à donner des instructions au talkie walkie. Comme il se renseigne sur le numéro de dossard de Thierry, je comprends qu'il a, lui aussi, compris que Thierry remettra ses Croc's aux pieds dès le ravitaillement hors de vue et qu'il organise une souricière. J'en avertis Thierry.

Nous reprenons la route, Thierry gémissant de douleur dans ses chaussures. Nous finissons par croiser une équipe de commissaires de course cachés derrière une pile de pont, inspectant les chaussures de tous les coureurs qui passent et leur numéro de dossard. Peu après notre passage, nous entendons le talkie walkie fonctionner, probablement pour signaler le passage de Cendrillon avec ses deux chaussures bien qu'il soit plus de minuit. Un virage plus loin, Thierry chausse ses Croc's. Nous avançons puis entendons une voiture, au pas, qui remonte la route ce qui, peu après minuit, dans un coin aussi perdu, est assez improbable. Jean Sébastien et moi faisons barrière de nos corps pour que la voiture ne puisse voir comment est chaussé Thierry. Une fois la voiture passée, il chausse à nouveau ses chaussures de trail; nous n'imaginons pas que le jeu de chat et souris va s'arrêter maintenant. Un peu plus loin, nous apercevons une voiture qui allume ses phares à chaque passage de coureur ; il s'agit de nouveau de nos amis les commissaires de course qui se ssont positionnés à la fin de la route et au début du chemin qui marque le début de l'ascension vers Merdeux (et oui ….), Frassati et Malatra. Nous les saluons au passage. Puis nous entamons l'ascension, Thierry toujours chaussé de ses chaussures de trail, plus par lassitude que par calcul. Et c'est tant mieux car après une demi heure d'ascension, nous avisons un coureur arrêté au bord du chemin pour refaire ses lacets et/ou ranger quelque chose dans son sac. sauf qu'il ne porte pas de dossard et porte un intérêt particulier aux chaussures de l'ensemble des coureurs. Et qu'après notre passage, nous l'entendons repartir dans le sens inverse de notre progression. Si les commissaires de course n'ont pas coincé Thierry pour l'éliminer (ils coinceront et élimineront, pour d'autres raisons, deux coureurs), leur action a conduit au respect du règlement sur cette dernière portion de course : les Croc's resteront dans le sac à dos jusqu'au franchissement de la ligne d'arrivée.

Le plan est de marcher jusqu'au refuge Frassati, soit 1000m de dénivelé positif, de s'y reposer vingt minutes, et de repartir pour franchir le col Malatra au moment du lever de soleil. J'ai gardé à l'esprit la prévision de début de course de notre sénateur : nous allons exploser dans l'ascension à Frassati et une pause sera indispensable avant d'attaquer les dernier 400m d'ascension à Malatra.

Il fait froid. Il fait nuit. Nous sommes abrutis de fatigue. Cela monte.

Je perds conscience de mon environnement à mi ascension. Mes yeux se ferment et je ne parviens pas à les maintenir ouverts. Je tente de résister à l'appel du sommeil puis me laisse aller. Cette ascension me rappelle l'ascension du Kilimandjaro effectuée avec mes trois frères et ma mère (6000m d'altitude pour ses 60ans) quelques années plus tôt. En proie au mal des montagnes, j'avais fini l'ascension dans un état semi comateux et uniquement parce qu'un de mes frères me remettait d'un coup de coude ou d'une poussée dans la bonne direction quand le chemin changeait de direction. Je finis par m'endormir en marchant, une paupière à peine entre ouverte pour, en pilotage automatique, suivre Thierry aux pas de qui je me suis accroché. Par la force des choses, je ne me souviens pas de la fin de l'ascension ; Thierry témoignera de ce que je ronfle en marchant pendant que je dors.

Jean Sébastien nous a précédé de quelques minutes à Frassati et a l'air aussi épuisé que nous. Nous nous asseyons autour d'une table où nous posons tous la tête pour la pause de vingt minutes dont nous avions convenu. Une heure quinze plus tard je me réveille ; tous dorment et Jean Michel Touron nous a rejoints. Je me sers une tasse de thé et me rendors.

Nous passerons presque deux heures sur place et il n'est plus question de contempler le lever de soleil du haut de Malatra, nous n'y serons pas.

On top of the world 

Nous finissons par atteindre les premières neiges ce qui, pour ma part, me réjouit. Quitte à avoir porté les crampons pendant une semaine, je ne suis pas mécontent qu'ils aient une utilité.

Notre trio s'est enrichi de la présence de Jean Michel Touron qui, n'ayant peur de rien, aborde la situation en short et avec le sourire, les yeux quand même un peu collés par le sommeil.

L'ascension est belle, le passage enneigé bref, ce qui permet de prendre quelques photos plus impressionnantes que la situation ne l'était réellement, et le passage du col un soulagement. En effet, mes chaussures n'ont pas bien résisté au Tor des Géants et se sont déchirées ; l'attache des crampons me rentre donc dans les chairs du pied, ce qui n'est guère confortable. Je déchausse les crampons aussi vite que la situation le permet.

 

J'avais conservé comme souvenir de toutes les videos consultées avant la course d'explosions de joie des concurrents passant le col de Malatra, dernière véritable difficulté de la course, et porte vers l'arrivée du Tor des Géants. Comme j'ai déjà vécu cette séquence émotion au passage du col de Vessonaz la veille, Malatra ne me fait ni chaud ni froid, et les deux sénateurs que sont Thierry et Jean Michel ne semblent ni émus, ni soulagés, ce que je peux comprendre. Après tout, il vont boucler leur septième Tor des Géants, ils n'en sont plus à s'émouvoir pour aussi peu … Jean Sébastien semble aborder le passage avec équanimité, lui aussi.

Plus que 25 km de descente entrecoupée de deux petits cols et nous en aurons fini. Comme je n'avais conservé à l'esprit que le mot descente après le col de Malatra, je suis plutôt desagréablement surpris de constater que nous reprenons de l'altitude après Malatra. A dire vrai, cela m'agace franchement et j'ai presque envie de tout envoyer promener en vouant les organisateurs aux gémonies. Une barre d'Ovomaltine met fin à cet agacement passager et caractéristique de la perte de lucidité induite par une hypoglycémie.

Thierry nous explique qu'il va partir devant pour arriver avant Jean Michel car il souhaite pouvoir assister, en spectateur, à l'arrivée de ce dernier. Il est convaincu que l'accueil sera grandiose eu égard à l'exploit que Jean Michel est en train de réaliser. Nous nous donnons rendez vous sur la ligne d'arrivée. Thierry qui n'a plus beaucoup couru depuis vingt quatre heures part d'un bon pas, arrive à la hauteur de Jean Michel qui … lui emboîte le pas. Les sénateurs ont beau s'apprécier et se soutenir, cela n'empêche pas de se tirer la bourre visiblement. J'éclate de rire en les voyant, tour à tour, accélérer pour essayer de lâcher l'autre. Incorrigibles gamins. Boys will be boys. 

Dans la section de faux plat montant qui conduit au refuge Bertone, j'ai du mal. J'en ai marre et, surtout, mon corps commence à me lâcher. Je sens que deux considérables ampoules ont fini par se développer dans mes chaussures : ne les ayant pas lacées correctement, j'ai rendu les frottements possibles et la naissance d'ampoules inévitable. Ce n'est pas très grave mais inconfortable. Ce qui m'inquiète beaucoup plus, en revanche, c'est que la sensation d'avoir des mollets enserrés dans des bas de contention s'est propagée jusqu'à mi cuisse et que mes genous commencent à ne plus vouloir plier. Enfin, la température monte et je suis trop habillé mais plus assez lucide pour m'en rendre compte et me dévêtir partiellement. Bref, je commence à gémir, tel le coureur lambda qui désespère de survivre à l'épreuve.

Jean Sébastien a la gentillesse de me dire que son intention est que nous franchissions ensemble la ligne d'arrivée. Comme je suis au plus mal, j'en suis gêné car j'ai conscience de considérablement le ralentir ; je tente donc de le convaincre de partir devant et de nous retrouver sur la ligne d'arrivée. Il ne veut pas en entendre parler, je l'en remercie.

Nous arrivons tant bien que mal, Jean Sébastien bien, moi mal, au refuge Bertone, dernier ravitaillement avant l'arrivée. Nous y retrouvons Jean Michel Touron que nous abandonnons entre les mains des nombreux admirateurs qui veulent lui parler et se prendre en photo avec lui alors qu'il lui reste encore une demi douzaine de kilomètres, en descente, avant de franchir la ligne d'arrivée.

Mes genous sont au plus mal et je ne parviens pas à courir en descente. Jean Sébastien m'accompagne patiemment. Jean Michel nous dépasse. Je n'en vois pas le bout. J'ai mal. Et puis je me rebelle. Marre de gémir. Et puis, avec le peu de lucidité qui me reste, je raisonne ainsi : comme c'est la distance et mais pas la vitesse qui me fait mal, autant accélérer pour abréger l'épreuve ? J'informe Jean Sébastien du changement de rythme et après quelques hectomètres de course passés à gémir, mes genoux semblent comprendre qu'ils n'ont pas leur mot à dire et que la course s'achèvera à ce rythme. Nous avons en ligne de mire un couple de chinois. Lui se retourne, nous avise, lance une phrase qui a l'air mal aimable à sa compagne et part au petit trot, visiblement peu désireux que nous le dépassions. Je me fais l'observation qu'il vient probablement de mettre fin à une belle idylle, à cinq kilomètres de l'arrivée, après six jours de course. Jean Sébastien et moi avons à coeur de donner une leçon à ce goujat ; nous forçons le rythme, le rattrapons, le dépassons puis le semons malgré ses efforts pour rester à notre hauteur. Nous apprendrons plus tard que loin d'être un goujat, il vient de porter sa moitié sur les quatre derniers kilomètres de descente car celle-ci avait trop mal aux genoux pour continuer. Chapeau bas …

Je continue à maintenir le rythme car je souhaiterais pouvoir terminer dans les 400 premiers ; ce n'est pas tant que cela fasse une différence, mais c'est un chiffre rond avec lequel je joue depuis quelques jours. En effet, mon frère Roch a la gentillesse de m'informer de mes pointages par SMS depuis le début de la course et je lui avais annoncé un top 400 alors que j'étais, au début, au delà de la 700ème place mais bien convaincu que les abandons -plus que mes capacités physiques- me permettraient de remonter au classement. Nous finissons donc en courant et dépassant quelques concurrents. Cela semble mesquin à quelques hectomètres de la ligne d'arrivée mais nous sommes emportés par le rythme et partageons le souhait de finir en courant ; nous ne sommes pas que des randonneurs quand même !

Jean Sébastien dégaine la Go Pro pour les derniers hectomètres dans Courmayeur et nous franchissons main dans la main la ligne d'arrivée après 147 heures sur les chemins.

Il sera classé 399ème et moi 401ème. Un italien sera glissé entre nous au classement. Comment dit-on organisation en italien ?

A suivre …

 

 

 

Tor des Géants : course ou épreuve ? (Part 3)

Tor des Géants : course ou épreuve ? (Part 2)

Menu e la semainePremiers pas

La matinée débute comme la veille : malgré une journée de récupération complémentaire, j'ai toujours des courbatures aux cuisses et me traîne avec difficulté jusqu'à la salle du petit-déjeuner.

De la même manière, coup au moral aussi : mon voisin de table qui participe aussi au Tor des Géants -et qui arrive de Chambéry où il habite- m'explique que le défi du Tor des Géants n'est pas sa durée mais sa difficulté : les ascensions sont régulièrement supérieures à 1.000 m de dénivelé, ce qui épuise l'organisme. Exactement le contraire de ce que j'escomptais : j'avais réussi, au mépris des informations topographiques qui nous avaient été confiées, à me convaincre que seule la durée présentait une difficulté.

Je me dirige néanmoins vers la ligne de départ, décidé à profiter aussi longtemps que possible des montagnes du Val d'Aoste et sans m'interroger outre mesure sur la stratégie de course à adopter. J'avancerai comme je pourrai et dormirai … plus tard. Qui vivra, verra.

L'ensemble de la ville de Courmayeur semble s'être donnée rendez-vous sur les trottoirs pour saluer les coureurs au départ ; le vacarme est assourdissant, l'ambiance festive et chaleureuse et l'émotion à son comble : je suis au coeur d'une aventure qui me semblait hors de portée et ignore si je parviendrai à son terme. Je ne peux d'ailleurs m'empêcher d'observer que le premier monument notable que nous longeons est le cimetière de la ville …

Assez rapidement, enfin, plus pour les autres coureurs que pour moi qui part en queue de peloton (au coeur de la dernière centaine de concurrents), la route cède le terrain aux chemins. Une première pause s'impose donc au pied de la première ascension, lorsque qu'une route où cinq personnes courent de front devient un single track s'élevant brutalement dans la forêt en direction du col de l'Arp. L'embouteillage est digne de la file d'attente pour récupérer son dossard. J'en profite pour enfin jeter un oeil attentif au tracé du parcours de la course et m'aperçois que les leaders sont attendus à La Thuile, c'est à dire après être grimpés au col de l'Arp et en être redescendus sur un autre versant, 2h10 après le départ (18,6 km dont 1350m de dénivelé positif). Comme en 4h d'effort l'avant veille, sur la même montagne, je n'ai parcouru que la moitié de cette distance et de ce dénivelé, je commence à m'inquiéter de la pérennité de ma présence sur la course. Ce serait tout de même vexant d'être éliminé dès la première barrière horaire, 50km après le départ. Les informations qui nous sont communiquées au roadbook précisent que les plus lents des coureurs sont attendus à La Thuile 5h10 après le départ. Je décide donc de procéder à l'ascension et de m'étalonner par rapport à ce temps de passage plutôt que d'inutilement m'inquiéter.

J'ai donc l'esprit libre pour me concentrer de nouveau sur mes courbatures aux cuisses et avancer au rythme du petit groupe qui me précède.

L'ascension se déroule sans difficulté majeure ; nous ne souffrons pas trop de la chaleur, inhabituelle pour la saison, car au fur et à mesure que la température monte, nous nous élevons jusqu'au col situé à un peu plus de 2.500m.

Le seul évenement notable est que je me fais dépasser par une fusée au physique de Kung Fu panda et que cette scène a un goût de déjà vu puisque la même mésaventure m'était arrivée à Grenoble, pendant l'UT4M. Je suis assez intrigué de voir que quelqu'un d'aussi à l'aise en montée puisse avoir été, ne serait ce que brièvement, derrière moi.

Une fois arrivé au col d'Arp, je bascule avec soulagement dans la descente en direction de La Thuile, situé 1000m plus bas en termes d'altitude, que j'atteindrai un peu moins de 4h30 après le départ ; de nature optimiste, j'en conclus qu'ayant gagné 40 minutes sur un temps de référence de 5h10 pour les plus lents des coureurs, je peux espérer boucler le Tor des Géants avec près de 13% d'avance (40 / (5 x 60 + 10) pour les moins doués en calcul mental) sur la barrière horaire, soit en un peu plus de 130 heures pour un temps limite de 150 heures. Comme quoi, on peut avoir suffisament de lucidité pour effectuer un peu de calcul mental mais plus assez pour apprécier une situation dans sa globalité : j'ai juste oublié de tenir compte des heures de pause et sommeil inévitables.

Trois heures plus tard, je me retrouve au refuge Riffeyes, de nouveau à 2500m d'altitude pour une pause que je juge méritée et qui me permet de constater qu'au menu du jour il nous reste deux cols à franchir (Passo Alto puis Crosatie), les deux à un peu plus de 2800m d'altitude, avant de parvenir à la première base de vie, Valgrisenche.

Je peine un peu dans la montée de Passo Alto mais réussis à suivre un cinquantenaire italien au pas lent et régulier dont la vitesse est légèremment inférieure à la mienne mais la régularité dans l'effort bien supérieure. Une fois arrivée au sommet, je le remercie d'un signe de tête et accélère dans la descente, après m'être équipé de ma lampe frontale ; la nuit est tombée.

Elle ne sera pas la seule à tomber puisque j'inaugure dans cette descente ce qui deviendra presque une habitude nocturne : je chute par deux fois dans des passages particulièrement rocailleux. Par bonheur, seuls mon ego et mon postérieur ont à souffrir de ces peu glorieux épisodes.

Dès le début de la montée au col de la Crosatie, mon métronome italien me rattrape et je m'attache à ses basques. Cette montée, pourtant moins longues que celles de l'Arp et de Passo Alto, me semble interminable. Quand on lève la tête, on ne voit qu'une imposante masse de roche noire et le final, long, très long, est fait d'épingles à cheveux taillées à même la roche. Le chemin est étroit, escarpé, tortueux et on le devine dangereux. Je tente de m'interdire de penser mais je ne peux m'empêcher de connaître le principal épisode de doute de toute la course ce soir là. Heureusement mon métronome italien continue, imperturbablement, d'avancer ; je le suis et, enfin arrivé au sommet, je le remercie d'un signe de tête et accélère dans la descente.

La descente est longue et je ne suis pas malheureux de tomber sur deux belges francophones avec qui je devise pendant quelques kilomètres en trottinant. Par un cheminement de la pensée que j'aurais bien du mal à retracer, nous parvenons à tenir près d'une heure de conversation sur le sujet des systèmes d'immatriculation des automobiles en France et en Belgique. L'important en ultra étant de s'occuper l'esprit pour éviter de penser à ce qu'on est en train de faire, on finit par se cultiver sur des sujets aussi variés qu'inattendus. L'inconvénient, c'est que la fatigue aidant, on retient asez peu de chose de ces discussions. Tout lecteur tenté de faire un parallèle avec des discussions d'ivrogne n'aurait pas complètement tort. Le sujet des plaques d'immatriculation automobiles belges et françaises ayant été épuisé, je prends congé et cravache un peu pour rattraper mon métronome italien qui en a profité pour me dépasser.

Après avoir avancé une bonne heure dans le silence de la nuit que seuls viennent troubler nos souffles et les pierres dérangées par nos appuis approximatifs, je tente d'entamer une discussion à laquelle il s'est dérobé jusqu'à présent. Je l'interroge en français et il me répond en italien ; le dialogue s'établit. Sans surprise, c'est un montagnard. Et il a déjà l'expérience du Tor des Géants puisque deux ans plus tôt il y a participé (abandon au tiers du parcours sur blessure). Il m'explique qu'il ne s'arrêtera pas dormir à la première base de vie afin d'accroître son avance sur les barrières horaires et m'interroge sur mes intentions.

Je suis assez partagé sur le sujet : d'une part je sais pouvoir avancer plus de trente heures sans dormir et je soupçonne qu'il est inutile de s'arrêter pour dormir si on n'a pas sommeil ; d'autre part je suppose que si on accumule trop de dette de sommeil en début de course, il est probable qu'on s'épuise avant la fin de l'épreuve. Enfin, je sais que physiquement et psychologiquement les heures du creux de la nuit, entre 2h et 4h, sont les plus difficiles à supporter. Or nous devrions arriver à la base de vie aux alentours de deux heures du matin, soit avec une avance de cinq heures sur la barrière horaire de sortie de la base, ce qui permet d'envisager sereinement une pause conséquente.

C'est lors du dernier kilomètre avant la base de vie que je parviens à une décision. J'en ai plein les bottes, je vais donc m'octroyer une pause de 2h30. Un petit quart d'heure pour me coucher, deux heures de sommeil, un gros quart d'heure pour m'alimenter et repartir.

C'est à regret que je laisse partir devant mon métronome qui ne souhaite pas s'arrêter plus d'une demi heure.

L'organisation, que j'ai moquée jusqu'à présent, est parfaite. Mon sac base de vie m'est donné au moment où j'arrive devant les dortoirs. On me propose, tout à la fois, à 2h du matin, diner, douche, massage et lit. J'opte directement pour le lit et me retrouve en moins de cinq minutes dans une chambre où sont alignés dix lits de camp ; chaussures et chaussettes retirées je m'allonge sur le premier d'entre eux, bien décidé à me contraindre à deux heures de sommeil. Au bout de vingt minutes en position allongée, mes cuisses se durcissent, presque au point de crampes simultanées ; je change donc de position et me retourne à plat ventre. Immédiatemment, mes mollets se durcissent et je sens poindre les crampes si je ne fais rien. Je tente de soulager mes jambes en me couchant en chien de fusil, ce qui n'est pas évident dans un lit de camp, pour sentir mes hanches se durcir … Après cinq minutes à me retourner dans tous les sens, je décide d'abandonner l'idée de dormir et sors de la chambrée. J'avise au bout du couloir une douche qui semble à la fois libre et propre ; j'en profite pour me doucher les jambes à l'eau brûlante -même si la mode est à la cryothérapie parmi les sportifs- ce qui n'a pas d'autre effet que de me laver et de me permettre d'envisager la situation. Jambes fatiguées mais pas sommeil ; impossible de me reposer ; il n'y a pas trente six solutions : une petite collation et départ pour la deuxième étape réputée être ardue avec deux cols qui émargent à plus de 3.000 m d'altitude.

Je rends donc mon sac de vie et me dirige vers le réfectoire où je découvre un buffet digne d'un restaurant. J'accompagne la soupe chaude de charcuterie et d'une bière pression avant d'enchaîner sur yogurts au lait entier et aux fruits, raisin et expresso. Je suis rejoins à ma table par Dimitri, déjà finisher de l'édition 2014 du Tor des Géants, dont je fais la connaissance et que je croiserai de nombreuses fois durant cette deuxième journée car nos rythmes de course sont semblables. Le signal du départ est donné par un coureur assis à la table jouxtant la notre : il vomit son repas dans le bol qu'il venait de vider ; nous ne cherchons pas à en savoir plus et nous partons à quelques minutes d'écart, le temps pour moi de remplir mes bidons d'eau d'un excellent nectar de pêche.

Je repars donc après un peu moins de deux heures de pause et sans avoir dormi une minute.

Rude est la penteLes choses sérieuses commencent

Le Tor des Géants est divisé en sept sections de course délimitées par les bases de vie où chacun peut, dans le respect des barrières horaires, se reposer autant qu'il le souhaite. En dehors de ces bases de vie, il est possible de se reposer dans les refuges mais, afin d'assurer de la disponibilité à tous, il est interdit d'y dormir plus de deux heures.

Les sections de course paires, (la deuxième, quatrième et sixième), ont la réputation d'être plus difficiles que les sections impaires.

Force est de constater que ce deuxième jour nous réserve, sur trois cols, les deux seuls cols à plus de 3.000m de la course (Entrelor, 3002m et Losan, 3299m) et une distance de 56km contre 50km la veille.

Pour l'instant, il est 3h30 du matin et je me lance à l'assaut du col Fenêtre, situé 1000m plus haut que la base de vie, via le chalet de l'Epée, situé à mi chemin et où j'éspère trouver un petit déjeuner chaud.

Je suis assez agréablement surpris de constater que les courbatures héritées de ma ballade préparatoire ont disparues et que mes jambes n'ont pas raidi, bien que les mucles se soient refroidis, pendant ma longue pause.

Je branche maladroitement mon IPod avec mes doigts gourds et me retrouve à écouter des opéras dont j'ignorais qu'ils fussent sur l'IPod, ma playlist étant plutôt blues, rock, hard rock et rap. Je me surprends à trouver cela parfaitement agréable pendant cette ascension au clair de lune, principalement, et de lampe frontale, accessoirement.

Accessoirement car ma lampe principale consomme des piles deux à trois fois fois plus vite que dans mon souvenir et j'ignore s'il est possible d'en acheter pendant la course. D'une part, je crains que cela soit interdit par le règlement : une certaine forme d'autonomie est exigée. D'autre part, j'ignore si nous passerons devant des commerces à des heures ouvrables. Je décide donc d'épuiser les piles de ma lampe principale, qui éclaire de plus en plus faiblement, avant de m'en remettre à ma lampe de secours, modèle d'entrée de gamme aussi basique que possible mais plus économe en piles.

Arrivé au refuge de l'Epée, j'ai la surprise d'y retrouver mon métronome italien qui a l'air défait. Je ne comprends pas sa présence en ce lieu car il est supposé avoir deux heures d'avance sur moi au moins. Je découvre qu'il aurait attrapé froid à la gorge en sortant de la base de vie, qu'il aurait une extinction de voix et qu'il se serait décidé à abandonner. Je n'ose pas lui dire qu'il n'a pas besoin de parler pour courir et, à dire vrai, je suis tellement surpris par son abandon que j'en suis déstabilisé. Celui là même qui m'avait traîné en haut des deux précédents cols avec aisance ne pouvait, dans mon esprit, ni douter, ni faiblir et encore moins abandonner. Je lui suggère de repartir avec moi mais sans même y réfléchir une seconde, il décline ma proposition. Sa décision semble irrévocable.

Je ne peux m'empêcher de repenser aux statistiques d'abandon au Marathon des Sables. Ceux ci se concentrent sur le deuxième et le troisième jour de la course, ce que j'interprète comme étant des abandons, en grande partie, "psychologiques". Les coureurs en difficulté ne parviennent pas à s'imaginer surmonter les mêmes difficultés tous les jours jusqu'à la fin de la semaine alors ils abandonnent plutôt que de continuer, pas à pas, à grignoter la distance restante. Ce ne sont pas tant les difficultés immédiates qui les amènent à s'arrêter que la perspective de la somme des difficultés restant à surmonter.

Je m'en veux de ne pas avoir pensé à regarder ces statistiques au Tor des Géants. Dans mon esprit, soit les abandons suivent la même courbe qu'au Marathon des Sables avec un pic au tiers de la course puis une décroissance et je peux m'autoriser à espérer aller jusqu'au bout puisque la problématique n'est qu'une problématique psychologique et pas une problématique physique, soit les abandons croissent au fur et à mesure de la course, de l'accumulation de fatigue, et là, je peux m'autoriser à m'inquiéter.

Après un gros quart d'heure passé à boire un thé trop chaud et discuter avec mon métronome, je repars, toujours muni de mon Ipod, en direction du col Fenêtre que j'atteindrai sans difficulté mémorable. Dit autrement, je n'ai aucun souvenir de cette fin d'ascension, pas plus que de la descente placée sous le signe du soleil levant.

Ces souvenirs sont éclipsés par ceux de l'ascension au col Entrelor, ascension qui a lieu au plus chaud de la journée la plus chaude de la course.

Les débuts de l'ascension me permettent de mieux comprendre les injonctions, pendant le briefing course, à respecter la nature, à respecter les autres coureurs et à se respecter soi même. Une grande majorité des coureurs italiens et chinois, pendant cette journée, mettent un point d'honneur à systématiquement couper les lacets. A chaque virage ou presque, nous avons la désagréable surprise de retrouver devant nous des coureurs doublés deux lacets plus bas. Je suis particulièrement agacé par une coureuse chinoise, courte sur pattes, qui non contente de couper systématiquement, ne trouve pas mieux que de se reposer au milieu du chemin, interdisant tout passage. J'entends Dimitri s'interroger à voix haute sur le fait de savoir si avoir parcouru moins de 300km pendant le Tor des Géants donnait droit à un débardeur finisher plutôt qu'au traditionnel sweat shirt. Quant à moi, je demande à la chinoise si c'est le fait d'avoir de short legs qui l'autorise à prendre des short cuts. Elle ne fait ni semblant de ne pas comprendre l'anglais, ni de changer son comportement et repart de plus belle droit dans la pente plutôt que sur le sentier en lacets pourtant parfaitement visiblement balisé.

Rétrospectivement, je me rends compte que ce deuxième jour est le seul pendant lequel un tel agacement s'est manifesté contre les spécialistes de l'optimisation de trajet. Est-ce parce que c'est la première fois que nous en étions témoins ? Est ce parce que c'est le seul jour de course où c'était possible, eu égard à la topographie, dans de telles proportions ? Est-ce parce que la chaleur échauffait les esprits plus ce jour ci que les autres ? Est ce parce qu'après cette journée, le peloton désormais complètement étiré, permettait aux tricheurs de procéder ainsi à l'abri des regards ? Je ne saurais le dire, mais je sais que ce n'est pas parce que les tricheurs ont changé leur manière d'opérer : on comprenait bien à leur regard qu'ils n'éprouvaient que de la pitié et de l'incompréhension pour ceux des coureurs qui ne coupaient pas la route dès que possible.

Le spectacle qu'offre la montée au col d'Entrelor serait risible si nous n'en étions les acteurs. Lors du dernier tiers de l'ascension, à chaque lacet, se trouve un corps affalé au bord du chemin, comme si le souffle d'une explosion avait projeté les coureurs au sol où, assommés, ils tentent de recouvrer leurs esprits. La plupart d'entre nous , en cette deuxième moitié de peloton, a présumé de sa capacité à maintenir le rythme et s'arrête, à l'agonie, au prétexte d'une pause alimentaire pour ceux qui ont conservé un semblant d'amour propre et fierté, pour récupérer avant de repartir pour quelques lacets complémentaires.

Une fois arrivé au col, mon soulagement est de courte durée. Il se met brusquement et brièvement à pleuvoir, ce qui me permet de profiter d'un superbe arc en ciel sur la vallée qui s'offre à nos regards mais, surtout, rend périlleuse une descente qui n'a pas besoin d'humidité pour l'être.

C'est avec un soulagement certain que j'arrive à Eaux Rousses, situé à 1650m d'altitude. Mes cuisses n'en peuvent plus de descendre. Je sais que chaque mètre de descente m'éloigne du prochain col situé à près de 3 300m d'altitude. Et je m'inquiète de ma vitesse de progression, probablement sérieusement affectée par l'ascension d'Entrelor.

A ma grande surprise, j'ai augmenté mon avance sur la barrière horaire que je devance désormais de cinq heures. J'en tire hâtivement la conclusion arithmétique qu'il est possible que j'arrive à Courmayeur vendredi soir et non samedi après midi, ce qui ne serait pas sans me poser un problème logistique : mon logement ne sera de nouveau disponible que le samedi soir. C'est donc le moral au beau fixe que je reprends mon cheminement en début d'après-midi.

Je n'atteindrai pas, comme je l'aurais souhaité, le col Losan avant le coucher du soleil et, une nouvelle fois, tombe à deux reprises dans la descente, de nuit, vers la deuxième base de vie située à Cogne que j'atteins peu avant minuit. En arrivant, je constate que pour la première fois, plutôt que d'accroître mon avance sur la barrière horaire, j'en consomme un peu puisque je n'ai plus que 4h30 d'avance.

J'en conclus qu'il me faut tenter de dormir pour récupérer … mais pas trop pour éviter de ne plus avoir de marge de manoeuvre horaire. Je me décide donc pour une pause de 2h00 avec 1h30 de sommeil.

Se produit alors le même cirque que lors de ma dernière tentative pour dormir, au bout de vingt minutes, mes jambes se raidissent quelle que soit la position. Je persévère quand même en position allongée et dois bien parvenir à somnoler une petite heure bien que le sommeil ne se fasse pas sentir.

Je repars peu avant deux heures du matin pour une section de course censée être plus cool : un seul col à 2 800 m (Fenêtre de Champorcher) et 45 km de distance jusqu'à Donnas, prochaine base de vie où il me faudrait arriver à 19h pour avoir reconstitué une avance de 5h sur la barrière horaire.

La vache, ça chauffe !Ca devient chaud

Pendant toute la journée d'hier, je me suis fais une fête de l'étape du jour, simple étape de transition et, comparativement, facile.

Maintenant que j'y suis, j'ajoute à ces réflexions, que cette étape est aussi celle du saut dans l'inconnu ; je n'ai encore jamais tenté de courir après deux jours et deux nuits blanches consacrés à la course.

Ma principale inquiétude concerne ma capacité à continuer à courir lorsque le terrain s'y prête ; je m'attends, en ce troisième jour de course, et ce jusqu'à la fin de l'épreuve, à en être réduit à de la marche, plus ou moins rapide en fonction du dénivelé.

Pour les non pratiquants en trail qui sont arrivés à ce stade de la lecture -cela témoigne d'une persévérance qui devrait les amener à envisager de se mettre à l'ultra endurance- la théorie est -au moins pour les coureurs de milieu de peloton- qu'on court sur plat, qu'on cesse de courir en montée dés qu'on ne voit pas le sommet de la montée et qu'on court en descente. La pratique est qu'on court beaucoup plus au début qu'à la fin et qu'en termes de course, après une douzaine d'heures, il serait plus exact de faire appel au verbe trottiner, parce qu'il donne une idée assez exacte du peu de vitesse de nos déplacements.

Finalement, le principal défi de cette portion de course ne sera pas la gestion de la fatigue mais la gestion de la monotonie, voire de l'ennui. Une fois la Fenêtre de Champorcher passée (2827m) l'étape se résume à une descente de 30km. Or, l'intérêt de la course en montagne est que les terrains et dénivelés alternent ce qui, paradoxalement, est moins usant que sur du plat car les groupes musculaires sollicités changent régulièrement et l'esprit est occupé à gérer les changements de rythme. Rien de tel dans cette descente. J'y épuise les batteries de mon Ipod, mes jambes qui me donnent l'impression de me rentrer dans le tronc, ma bonne humeur.

Le deuxième défi sera celui de la gestion de la chaleur. Près de la moitié de la journée est passée à moins de 1000m d'altitude et nous profitons pleinement d'un soleil éclatant. Chaque torrent, chaque source, chaque abreuvoir est l'occasion d'y tremper la tête jusqu'au cou ou de s'arroser copieusement le visage et le torse. Mais cela suffit à peine à éviter la surchauffe. Nous avons le plus grand mal à accorder du crédit aux prévisions météo qui annoncent averses pour la soirée et neige au dessus de 3000m d'altitude.

J'arrive à la base de vie de Donnas en milieu d'après-midi avec 8h30 d'avance sur la barrière horaire, ce qui me réjouit et me pose un dilemme.

J'ai résolu, pendant la longue descente, d'arrêter une stratégie de course à laquelle je me tiendrai quoi qu'il arrive car je n'ai pas confiance en ma capacité à conserver suffisamment de lucidité pour prendre des décisions rationnelles durant la deuxième moitié de la course. J'ai résolu, aussi, d'appliquer des règles simples, voire simplistes, pour qu'elles me restent intelligibles même après cinq jours sans dormir. Et la première de ces règles est que, quoi qu'il arrive, je me contraindrai à m'arrêter 2h30 à chaque base de vie pour y dormir deux heures, indépendamment de mon heure d'arrivée. Après tout, si l'organisation a jugé bon d'installer six bases de vie, il doit bien y avoir une raison. Et comme ce sont, a priori, les lieux les mieux équipés pour accueillir les coureurs, pourquoi chercher midi à quatorze heures et tenter de dormir en d'autres lieux où, de surcroît, je ne suis pas certain de trouver de la place.

Mais dormir à 15h30 ? Sérieusement ?

Finalement, la chaleur et mes souvenirs du Marathon des Sables où des coureurs expérimentés m'avaient expliqué gérer leur vitesse en fonction de la température (plus il fait chaud, moins je cours vite) et non du terrain, finissent de me convaincre de respecter mes propres règles et je m'arrête pour ce qu'il conviendrait d'appeler une sieste.

A ma grande surprise, après la désormais habituelle séance de raidissement des jambes après vingt minutes en position allongée, je parviens à dormir une grosse heure pour boucler une étape qui aura eu pour seul mérite de nous conduire à la suivante.

Le sénateur siège. En mode récupération.A un train de sénateur

Je repars en fin d'après-midi, une fois les grosses chaleurs passées, pour une étape symboliquement importante : nous devons passer par le refuge Coda qui se situe à mi-course puis par le point kilométrique 200.

Autrement dit, après cette étape, nous en aurons "presque" fini.

Après cette étape, j'entrerai aussi en "terra incognita" : la plus grande distance que j'ai parcourue d'une traite jusqu'à ce jour s'élève à 177km … avec très peu de dénivelé.

En partant de Donnas je me retrouve à courir quelques instants avec un type qui a une drôle de dégaine -il court en Croc's (oui, les sabots en plastique) bien qu'il dispose d'une bonne paire de chaussures de trail accrochée bien en évidence sur son sac à dos- et m'entreprend sur le fait que nous sommes un peu juste en matière de barrière horaire et qu'il va nous falloir nous employer pour finir ce Tor.

Dans la mesure où mon avance sur la barrière horaire ne cesse d'augmenter depuis le début de la course, je le laisse dire et attribue son discours à un coup de moins bien et une perte de lucidité temporaire.

A la faveur d'une descente, je le lâche sans y prêter attention et me concentre sur la particularité de cette étape qui est d'être constituée principalement de marches, que ce soit en montée ou en descente, ce qui interdit de courir et tire franchement sur les cuisses.

Je me retrouve seul dans l'ascension vers le refuge Sassa et commence à trouver le temps long. Desespérant d'arriver au refuge que je sais n'être qu'une étape intermédiaire au milieu de l'ascension vers le refuge Coda qui se situe au milieu de l'épreuve, je m'arrête au bord du chemin pour souffler et tenter de reprendre mes esprits.

La meilleure des techniques mentales en course ultra pour continuer à avancer sans désespérer est de ne se concentrer que sur le kilomètre en cours et de ne surtout pas se projeter sur le chemin qui reste à parcourir ou tenter de compter combien d'heure d'efforts il faudra encore déployer. En effet, ce nombre d'heures d'effort est dantesque. C'est d'ailleurs pour cela qu'on s'engage dans de telles courses ; il n'y aura donc pas matière à réconfort dans le résultat des calculs mentaux qu'on peut entreprendre. Si j'explique cette technique c'est que, bien entendu, la tendance naturelle de tous est de procéder à ce genre de calculs. Et que personne ne parvient à se concentrer uniquement sur l'instant présent.

Une technique moins efficace mais que nous parvenons tous, plus ou moins, à maîtriser, est la découpe du trajet en sous sections gérables et pour ne se concentrer que sur la sous section en cours. La sous section peut être géographique (jusqu'au prochain refuge, jusqu'au prochain ravitaillement, etc), temporelle (jusqu'à la fin de l'heure), culturelle (jusqu'à la fin de ma playlist sur IPod, jusqu'au lever du soleil comme la chèvre de Monsieur Seguin), etc …

Malheureusement, cette fois-ci, j'ai trop poussé la technique de décomposition de l'étape du jour en deux parties (avant et après Coda, qui marque la moitié de la course), puis avant et après Sassa qui coupe cette première section en deux, puis avant et après … Résultat, je me retrouve pris, métaphoriquement et mentalement, dans le paradoxe de la dichotomie de Zénon d'Elée : avant de parcourir toute une distance, il faut que j'en parcours la moitié, avant ça la moitié de cette moitié, et avant ça, la moitié de la moitié de cette moitié, et avant ça … bref, en multipliant les étapes intermédiaires, j'en suis arrivé à la conclusion soit que je n'avance pas, soit que je n'arriverai jamais.

Bref, c'est assis, tel le Penseur contemplant les Portes de l'enfer (je sais ces deux sculptures n'ont rien à voir l'une avec l'autre mais elles sont du même sculpteur et disposés suffisamment près l'une de l'autre dans le jardin Rodin du campus de Stanford pour qu'on puisse -avec un peu de mauvaise foi- les croire liées), que je vois arriver le coureur en Croc's qui me dit : "Ne t'arrête pas là, le refuge est juste là, enfin un peu plus loin, à dix minutes, enfin bon un peu plus mais pas loin, au bout du chemin, là …". Je lui suis reconnaissant de ses encouragements et de sa volonté de ne pas trop mentir sur la distance qui reste à parcourir, ce à quoi on reconnaît un coureur plutôt qu'un bénévole.

En effet, les bénévoles, essentiels sur une course pour leur prestation logistique, bien entendu, mais plus encore par leur gentillesse et leur efficacité, partagent tous le même travers, celui de vouloir réconforter. En conséquence, chaque fois qu'on leur demande où est le prochain ravitaillement ou le prochain refuge, la réponse, invariablement, sur n'importe quelle course, est : "dans vingt minutes". J'ai souvenir de "vingt minutes" qui m'ont pris près de deux heures …

Je décide donc d'attacher mes pas à la paire de Croc's et résoudre par la pratique le paradoxe de Zénon. Ne dit on pas qu' "un con qui marche va plus loin qu'un intellectuel assis" (M. Audiard, Un taxi pour Tobrouk) ?

La même rengaine recommence. Il va falloir s'employer pour finir ce Tor des Géants. Nous n'avons quasiment aucune marge de manoeuvre sur les barrières horaires. Il n'y a pas péril en la demeure mais le moindre pépin nous serait fatal. En plus, le temps total (150 heures) n'a pas changé mais la distance de l'épreuve ne cesse de s'allonger d'année en année. Etc, etc.

Je commence à me demander si j'ai bien fait de suivre ce Cassandre dont le discours commence à me miner le moral quand une phrase retient mon attention. "Je n'ai jamais réussi à gagner de temps sur les barrières horaires sur la deuxième moitié de la course".

En creusant un peu, je finis par comprendre que Thierry, puisque c'est son prénom, est un Sénateur. C'est à dire une des onze personnes au monde ayant participé à toutes les éditions du Tor des Géants et les ayant toutes bouclées.

Je dois dire que je ressens une certaine fierté à me retrouver à son niveau à cet instant de la course … jusqu'à ce qu'il mentionne que cette année en matière d'entraînement, il n'a pu faire que trois footing longs et que ses douleurs aux pieds  (d'où les Croc's) lui interdisent d'avancer correctement, ce qui explique qu'il ait vingt quatre heures de retard sur son plan de course habituel.

Finalement, à défaut de fierté, un sentiment de sécurité s'empare de moi. Plutôt que d'affronter seul l'inconnu, j'ai trouvé un guide capable d'éclairer le chemin qui nous attend. Même si, il faut bien le reconnaître, parfois il y a des informations dont on se passerait bien. Par exemple, le fait que nos difficultés vont augmenter de manière exponentielle avec le temps car, en plus de la fatigue et de l'usure physiques liées à la durée de l'effort, il va nous falloir lutter contre la privation de sommeil, jusqu'au moment où ces deux phénomènes vont se rejoindre en un point nommé épuisement. Epuisement qui, traditionnellement, nous tombera dessus au refuge Frassati, juste avant de franchir le dernier col significatif du Tor des Géants, le col Malatra. Telle est en tout cas la prévision du Sénateur.

Nous passons au refuge Sassa en début de nuit avec 8h30 d'avance sur le plan de marche des plus lents tel qu'énoncé par l'organisation. La seule préoccupation de Thierry semble être  de savoir où est Jean-Mi. L'extraordinaire de la situation est que tout le monde, à part moi, semble connaître Jean-Mi, son plan de marche, son état de santé et son moral.

Je finis par comprendre que Jean-Mi est Jean-Michel Touron, celui là même que j'avais surnommé Kung Fu Panda, et qu'il est un des onze Sénateurs du Tor des Géants. Mais surtout, que s'il boucle le Tor des Géants, en un mois, il aura bouclé l'UTMB (170km, 10.000 D+), l'UT4M (170km, 11.000 D+), la 4KVA (350km, 25.000 D+) et le Tor des Géants. Pour bien saisir l'ampleur de la tâche, il faut préciser que la 4kVA est la course concurrente du Tor qui s'est crée sur le même parcours, se court dans le sens inverse et a lieu une semaine avant le Tor. Autrement dit, une fois la 4kVA terminée, après un jour de repos, il convient de se lancer dans le Tor des Géants. Même dans le monde des ultra runners où courir un marathon est juste qualifié de sortie d'entraînement longue, cet enchaînement ne laisse pas indifférent et suscite l'admiration et, parfois, l'incompréhension … avant, j'en suis certain, de créer des vocations.

Rassurés sur l'avancement de Jean-Mi, nous repartons.

Nous arrivons avec soulagement, en milieu de nuit à Coda où nous sommes trop fatigués -au sens privation de sommeil- pour nous congratuler d'avoir atteint la moitié du Tor. Le spectacle à l'intérieur du refuge est saisissant ; on a l'impression d'un hopital de campagne pendant une quelconque guerre. Les plus vaillants sont immobiles, la tête entre les mains, les yeux dans le vague. La majorité des coureurs se sont endormis la tête sur la table. Et ceux qui ne dorment pas encore, finissent par s'endormir brutalement, leur tête, en s'abattant sur la table, renversant sur leur voisin leur assiette de soupe ou une bouteille de Coca Cola.

Nous dépareillons à peine dans le tableau et la dernière fois que j'ai mis autant de temps à avaler une soupe, cela devait être une soupe de poireaux quand j'avais l'âge de six ans.

A dire vrai, l'arrivée à Coda marque le moment où mes souvenirs deviennent flous. Même si je n'en ai alors pas conscience, la lucidité commence à décroître et le cerveau ne s'encombre plus de prises d'informations pas immédiatement utiles. Bref, avant de vous conter la suite, il faut que je vérifie avec mes acolytes de la nuit si nous avons dormi et si oui, où.

A suivre …

 

Tor des Géants : course ou épreuve ? (Part 1)

Notre Dame de Guérison à Courmayeur : tous n'en sortiront pas indemmes

Plus près de toi mon Dieu

Pour des raisons que je ne saurais expliquer, le Tor des Géants m'est apparu, depuis que j'en ai découvert l'existence, comme le summum de la course à pied et y participer comme l'apogée de ce qu'un coureur peut espérer boucler comme épreuve.

Quelques esprits observateurs, en cette année olympique, m'objecteront qu'une finale de 100m ou un marathon à Rio peuvent aussi prétendre au rang de course ultime et ils auraient raison … pour la population des coureurs d'exception, dotés par la nature de gènes et d'une volonté propres à en faire des dieux du stade.

N'ayant pas gagné à la loterie génétique, je ne prétends pas gravir l'Olympe pour y rejoindre Hermès et me contente, comme coureur loisir, de modestement viser le statut de demi-dieu, hors stade.

Ou, à tout le moins, de tenter de parcourir le chemin de croix débutant à Notre Dame de Guérison à Courmayeur et conduisant au jardin des anges, lieu d'arrivée de la course.

A moins que ce ne soit 95 ou 110%

Arithmétique en toc

Bref, vous l'aurez compris, avant même de m'inscrire à cette course j'en faisais grand cas et avais succombé au vertige de ses gigantesques dimensions : entre 330 et 350 km selon les différentes mesures des organisateurs et 24.000 m à 30.000 m de dénivelé positif cumulé, soit l'équivalent de l'ascension de trois fois l'Everest ou cinq fois le Mont-Blanc. Le tout en 150 heures maximum, soit un peu plus de six jours.

L'unique certitude de cette introduction chiffrée concerne le temps maximum pour boucler l'épreuve.

Quant à la distance précise, les banderoles partout affichées, mais imprimées il y a sept ans pour la première édition, annoncent 330 km, le road book fourni par l'organisation stipule 338,6 km et la course concurrente, courue la semaine précédente sur le même parcours, dans l'autre sens, met en avant une distance de 350 km. Vous me direz que je chipote, mais après presqu'une semaine de course, 5km en plus c'est presque deux heures d'effort, en fonction du dénivelé …

Quant au dénivelé exact, les banderoles historiques annoncent 24.000m de dénivelé positif cumulé, la course concurrente 25.000m et le road book affiche fièrement 30.000m. Il n'y a guère qu'un Mont Blanc de différence …

Pour les habitués des plaines, comme moi, pour tenter de comprendre l'effort que représente le dénivelé, une règle de conversion simple consiste à estimer que 100m de dénivelé positif représente le même effort que 1km de plat. Et personne ne compte le dénivelé négatif qui, sur une boucle comme au Tor des Géant est, fatalement, l'équivalent du dénivelé positif.

Pour résumer, en nous élançant, nous ignorons si l'effort à fournir en 150 heures maximum est un équivalent 330km + 24.000m de D+, soit 570km d'effort sur plat ou 350km + 30.000m de D+, soit 650km de course en plaine.

Mais quand on aime, on ne compte pas …

J'en ai vite eu plein les bottes. DNF

Genèse

Mais je m'emballe car avant de se lancer dans ce tour du Val d'Aoste par la Haute Route 2 puis la Haute Route 1, qui franchissent environ 25 cols de plus de 2000m d'altitude (nous ne sommes plus à un ou deux près), une fois acquise la certitude d'être inscrit, ce qui est une épreuve à part entière (http://42ans-42bornes.over-blog.com/2016/02/tor-des-geants-alea-jacta-est.html et http://42ans-42bornes.over-blog.com/2016/03/tor-des-geants-suite-de-la-suite.html), il convient de s'y préparer.

Il convient d'autant plus, dans mon cas, de s'y préparer que l'enseignement principal de ma première année de course à pied est que je suis incapable d'avancer en montée et que les descentes sont fatales à mes genoux (abandon à la 6000D en juillet 2014). Comme j'ai consacré ma deuxième année de course à pied au plat et à l'allongement des distances afin de pouvoir courir 100 miles, ce qui fut fait en juin 2015 (ultra marin), il me reste à me mettre au dénivelé à l'occasion de ma troisième année de course à pied.

Fin mars 2016, inscription au Tor des Géants confirmée, il me reste donc 6 mois pour trouver des côtes à proximité de chez moi et tenter de progresser. Comme je n'en ai nulle envie et qu'en parallèle je tente de finaliser le projet europathon (un marathon dans chacun des vingt neuf pays de l'Union Européenne), de participer à mon premier triathlon (merci Pierre Henri) ce qui suppose d'apprendre à nager le crawl et d'honorablement figurer à une épreuve de 24 heures (No Finish Line Paris fin avril), l'été arrive sans que je n'aie affronté plus pentu qu'une volée de marches d'escalier.

Pour me rassurer, je me suis inscrit à un trail court dans le Jura (Transju'trail, 72km et 3200 D+) qui est censé me permettre de reprendre contact avec les dénivelés et valider mon état de forme à trois mois de l'échéance. Or, éprouvé par une dizaine de jours à gérer la crue de la Seine à Paris (j'habite sur un bateau), j'arrive malade (en plus de n'être pas préparé) et ne suis pas trop malheureux d'être éliminé par une barrière horaire qui m'épargne au moins cinq heures de course dans la boue et sous la pluie.

J'inaugure mes bâtons

Comme je n'avais pas prévu beaucoup plus d'entraînement en montagne que ce trail censé me rassurer, je me suis trouvé un peu dépourvu, voire dépité et inquiet, à un moment où j'aurais dû être sur le point d'attaquer le dernier cycle d'entraînement pour le Tor des Géants.

Mais la providence, par l'intercession de ma belle soeur (merci Sonia), veillait. Je me suis trouvé invité à participer à une course en montagne d'une journée avec mon frère Donald. Nous abordons comme deux parisiens cette journée. Train au départ de la Gare de Lyon samedi matin, rendez vous à la gare de Bourg Saint Maurice avec le guide en début d'après-midi, passage éclair au magasin de sport du coin pour louer chaussures et crampons, direction le refuge pour attaquer le Mont Pourri (3779m) via le glacier le lendemain. L'acclimatation a donc lieu dans la voiture entre Bourg Saint Maurice et Les Arcs.

Belle journée qui me réconcilie avec le dénivelé et nous permet de constater que nous sommes la plus lente des cordées. Mais qui me permet, surtout, d'inaugurer mes bâtons, achetés un an et demi plus tôt (les soldes!) et jamais utilisés de peur de ressembler à un randonneur plutôt qu'à un coureur. L'expérience est édifiante : je découvre qu'il est possible d'évoluer plus de huit heures en montagne sans avoir mal au dos !

Journée, aussi, qui m'amènera à vérifier ce qu'est le matériel obligatoire au Tor des Géants. Nous avons, en effet, malheureusement assisté au dévissage d'une cordée qui se concluera après une glissade de plusieurs centaines de mètres sur le glacier par le décès des deux alpinistes.

Les crampons font bien partie du matériel obligatoire au Tor des Géants.

En amuse bouche : Chartreuse, Vanoise, Belledone, Oisans

Pendant ce temps, Marie Amélie, avec qui j'ai découvert le trail en montagne (6000D en 2014), poursuit sa préparation pour l'UTMB (je n'ai pas été tiré au sort et ne serai donc pas de cette aventure cette année), aimable plaisanterie de 170km et 10.000m de dénivelé autour du Mont-Blanc, qui a la bonne idée de se tenir un mois avant le Tor des Géants.

Informé de son entraînement, il ne me reste qu'à en copier, à mon rythme, les caractéristiques. Elle s'inscrit à un stage spécifique qui consiste, en groupe, à parcourir le tour du Mont Blanc en quatre jours avec un groupe ? Quatre semaines plus tard, je me saisis de mon sac à dos, réserve quelques nuits en refuge, et pars faire seul le tour du Mont Blanc en trois journées aussi ardues que douloureuses pour mes cuisses de citadin.

Elle court l'UTMB (avec une infiltration au genou pour rendre l'exercice un peu plus ardu) ? Je m'inscris à l'UT4M160 Challenge (160km et 10.000m de dénivelé en quatre jours autour de Grenoble) une semaine plus tard. J'ai cru mourir de chaud le premier jour, mourir tout court le deuxième jour, avant de me surprendre à apprécier le troisième jour puis courir, grâce à la présence de Carole, ma complice des courses de 24 heures, presque tout le quatrième jour.

Bref, l'été s'achève beaucoup mieux qu'il n'a débuté et j'ai réussi à me convaincre, puisque Marie Amélie, blessée, a bouclé l'UTMB, que je parviendrai probablement à survivre au premier tiers du Tor des Géants.

Une journée idyllique

Préliminaires

C'est donc très conscient de l'insuffisance de mon entraînement -j'ai du parcourir au mieux un tiers de la distance que j'avais parcourue pour me préparer au Marathon des Sables et je dois peser près de dix kilos de plus- et néanmoins relativement serein que j'arrive à Courmayeur avec trois jours d'avance afin de m'acclimater à l'altitude.

Mon inquiétude liée à mon impréparation est tempérée par le fait que j'estime qu'il est impossible d'être totalement prêt pour une telle course dont une des caractéristiques n'est pas la difficulté de l'effort (enfin, je l'espère) mais sa durée.

Je décide de consacrer mon premier jour à Courmayeur à une promenade qui doit me conduire au sommet du premier col du Tor des Géants (col de l'Arp). L'idée est de m'acclimater à l'altitude et d'effectuer une mini reconnaissance qui permette de me rassurer sur mes capacités. Je sais aussi qu'il convient de m'économiser afin d'éviter de puiser dans des réserves dont j'aurai bien besoin.

J'attaque donc à un rythme paisible l'ascension. Rythme d'autant plus paisible que chaleur et brutalité du dénivelé m'interdisent d'envisager d'aller beaucoup plus vite. Assez rapidement, il apparaît que je n'ai aucune idée d'où je me trouve et je soupçonne que je ne suis pas sur le bon versant de la montagne, voire, pas sur la bonne montagne. In petto, je me congratule d'avoir choisi une course qui ne soit pas une course d'orientation.

Arrivé à un refuge, je déjeune puis repars à l'assaut de la montagne … au petit trot. Le dénivelé s'est assagi, le déjeuner m'a requinqué, il fait beau, bref je profite de l'instant. Je finis par m'arrêter pour me désaltérer et récupérer un quart d'heure avant de faire demi tour et effectuer la descente en courant d'une traite jusqu'à Courmayeur.

Environ quatre heures de promenade sous un soleil radieux et dans un cadre magnifique, un état de forme étonnament bon dès que la pente n'est pas trop forte, bref, tous les indicateurs sont au vert.

Enfin, jusqu'au lendemain matin …

Je me réveille les cuisses tellement raides d'avoir couru en descente et "cassé de la fibre" (les trailers comprendront), qu'il me faut cinq minutes pour passer de mon lit à la salle de bain dans une chambre qui ne fait que 12m2 puis cinq minutes de plus pour descendre les deux étages de ma chambre à la salle du petit déjeuner.

Je finis par arriver à la salle du petit déjeuner où, en discutant avec mon hôte, je comprends que je n'étais pas sur la mauvaise montagne la veille (mais bien sur le mauvais versant) et que je n'ai gravi qu'un peu plus de la moitié du dénivelé qui m'aurait permis d'atteindre le col.

Bref, cette première journée, bien que plaisante, se solde par un coup au moral -incapable d'atteindre le premier col au terme d'un effort qui ne m'a pas semblé négligeable- et au physique -j'ai rarement eu aussi mal aux cuisses hormis un lendemain de trail.

Heureusement, je me changerai les idées durant l'après-midi avec le retrait du dossard, la préparation du sac base de vie (sac confié à l'organisation et que nous retrouverons tous les 60 km environ avec nos affaires de rechange) et la pasta party, traditionnel diner d'avant course que j'évite toujours religieusement mais auquel j'ai décidé de participer cette fois-ci : comment rater une pasta party en Italie ?

Euh, je crois que mon matériel est dans un sac jaune

Comment dit-on organisation en italien ?

N'étant pas du genre à excessivement préparer mon matériel et mes courses à l'avance, j'avais pris la précaution, afin de ne rien oublier, d'imprimer la liste du matériel obligatoire susceptible d'être contrôlé lors de la remise des dossards afin de m'éviter d'oublier quelque chose et/ou d'avoir à retourner en mon logement, à deux kilomètres du lieu de remise, pour compléter mon paquetage.

C'est donc assez fier de mon sens, inhabituel, de l'organisation que je me présente, comme 800 autres coureurs, à la remise des dossards. Sans surprise -c'est la même histoire chaque année- cette formalité est un grand moment de convivialité : il faut bien meubler les 2h30 d'attente.

Premier constat, qui n'est pas pour me rassurer, je ne rencontre que des coureurs qui habitent à la montagne ou, dans le pire des cas, au pied de la montagne. Ce que je me permets de qualifier de séance de travail en côte est pour eux le trajet quotidien pour aller acheter le pain à la boulangerie. Entendre deux guides de montagne discuter entre eux de leur peu de certitudes quant à leur capacité à boucler l'épreuve ne me rassure guère …

Deuxième constat, si sur les courses que je fréquente habituellement, il n'est pas rare d'entendre les coureurs parler de leur "palmarès" tant pour frimer que pour se rassurer sur leur capacité à finir honorablement la course, rien de tel ici. Je ne croise parmi les français que des vieux briscards du trail, qui ont commencé à courir en montagne avant même que le mot trail ne soit connu du grand public, ou des passionnés sur entraînés s'étant préparés spécifiquement à cette épreuve depuis plus d'un an, ou des finishers de l'une ou l'autre des éditions du Tor des Géants. Autant dire que je ne risque pas de croiser mes habituels -et très souvent bien meilleurs que moi- concurrents ; nous sommes dans une autre division. Je dois être le seul, ou presque, à n'avoir jamais couru l'UTMB.

Troisième constat, il y a des choses qui ne changent pas en trail. La veille de la course, un tiers des coureurs sont déjà habillés de pied en cap pour la course, comme s'ils allaient dormir dans leur tenue afin d'être certains de ne rien oublier. Cela ne me semble pas être le meilleur calcul sachant que nous aurons le plaisir de porter chaussures et tenue de course pendant plus de six jours. A l'aise en bermuda, polo et tennis de toile, je ricane donc discrètement devant leurs tenues bien compressées …

Préalablement à la remise du dossard, il est vérifié que nous avons bien l'ensemble du matériel obligatoire. Pour, j'imagine, gagner du temps, un embouteillage est créé pour que chaque coureur tire au sort trois papiers sur lesquels sont indiqués les éléments contrôlés en plus des crampons. Tirage au sort, trois papiers sur huit, le contrôle portera sur crampons (pour tout le monde), veste imperméable avec couture thermosoudées et capuche intégrée, altimètre et … chaussures de course. Je fais observer au contrôleur que les chaussures de course ne figurent pas à la liste du matériel susceptible d'être contrôlé -et j'exhibe fièrement la copie écran du site internet de la course le prouvant- et qu'à ce titre je n'ai sur moi que des tennis en toile. Mon italien et son anglais sont insuffisants pour que nous puissions avoir un échange constructif ; je peux me brosser avec ma liste internet et il me faut fournir une paire de chaussures de course. J'insisterais bien un peu mais la pression des 300 coureurs encore derrière moi, dont une partie significative en habit de lumière qui ne comprend pas qu'on puisse se présenter sans chaussures de course, me convainc d'attendre le lendemain, en course, d'être sur un chemin étroit en montée en montagne pour créer un bouchon et me faire quelques ennemis. C'est avec une joie parfaitement dissimulée que j'envisage l'aller retour à l'hotel et une nouvelle séance d'attente dans la queue…

Par chance, l'exigence, nouvelle, de crampons, sans plus de précisions, est génératrice de toute une communauté de refuznik qui avait cru pouvoir se présenter avec des crampons minimalistes de type Trax. Je troque donc temporairement mes crampons contre une paire de chaussures de course (41 alors que je chausse du 45) et parviens à passer, pieds nus, le contrôle et obtenir mon dossard qui porte le numéro 1282 ce qui, pour une course censée n'attribuer que 700 dossards, me semble exagéré. J'apprendrai plus tard que les numéros de dossard suivent une double logique : à chaque finisher de l'édition précédente, un dossard dont le numéro est leur classement 2015, aux autres coureurs est attribué, par ordre alphabétique, un dossard dont le chiffre est supérieur à 1000. Il n'y a donc aucun dossard entre 500 et 1000.

Je passe le reste de l'après-midi dans ma chambre d'hotel à remplir le sac base de vie de matériel que je n'utiliserai probablement pas (qui change de caleçon pendant une semaine de course ?) mais que je me sens contraint d'emporter, au cas où …

Retour au Palais des sports où, curieusement, la remise des sacs base de vie est fluide et l'installation aux tables de la pasta party aussi. Après le briefing course, durant lequel nous apprenons que quelques modifications de parcours allongent légèrement la distance, bière, charcuterie et pâtes pour ce que je pense être mon dernier repas chaud avant une semaine.

Retour hotel et nuit paisible ; c'est l'avantage de l'altitude, pas d'insomnie !

L'aventure commence demain ; à suivre …

Guinness Book World Record du 24 heures couru en costume

Run In Style
Run In Style

Il y a deux semaines, j’ai de nouveau tenté une expérience que je m’étais juré de ne pas renouveler tant elle présente peu d’intérêt et tant elle avait été douloureuse.

Deux semaines après l’avoir renouvelée, je continue à marcher en crabe, la tendinite, une nouvelle fois, contractée, n’étant pas encore totalement résorbée.

Bref, je vous souhaite que mon récit vous semble moins long et douloureux que l’épreuve ne l’a été.

L'an dernier est paru un article -sous la rubrique « insolite » plutôt que « sports »- relatant qu'un canadien avait établi le Guinness Book of World Records du semi marathon en costume.

Son chrono, 1h35, avait amené la communauté des coureurs sérieux -qui heureusement ne lisent pas mon blog, ce qui me met à l’abri de nombreux quolibets- à en sourire avec bienveillance.

J'avais trouvé l'idée sympa, et le chrono atteignable, et m'étais donc mis dans l'idée de tenter de battre ce record, le seul qui soit à peu près à la portée de mes modestes capacités de coureur du dimanche (ainsi que du lundi, du mercredi, du jeudi et du samedi ajouterait Isabelle).

Mais comme je ne m'étais préparé à aucune course aussi courte qu’un semi marathon cette année (je suis plutôt du genre diesel et ultra fonds), j'ai pensé reporter mes ambitions sur marathon. C'est à dire, avant de m'apercevoir que le record du marathon le plus rapide en costume est de 2h25. A ce rythme, même avec une trottinette, le record reste hors de ma portée.

Un coup d'oeil à mon calendrier de courses m'a opportunément rappelé qu'une semaine après le marathon de Paris, je m'étais inscrit à l'épreuve 24 heures de la No Finish Line Paris. C'est donc sur cette durée que j'ai décidé de courir en costume pour établir le Guinness Book World Record de la plus grande distance parcourue en costume en 24 heures.

Il va sans dire que pour oser me lancer à l’assaut d’un record mondial, je suis un grand spécialiste du 24 heures : j’en ai couru deux en tout et pour tout avant l’échéance. Le premier, seul, en off, il ya deux ans et qui s’est terminé au bord d’une route, au fond d’un fossé, perclus de crampes avec à peine plus de 100 km au compteur (cela ne faisait qu’un an que je m’étais mis à la course à pied ; http://42ans-42bornes.over-blog.com/2014/09/24-heures-chrono-plus-c-est-long-plus-c-est-bon.html ). Le deuxième, déjà à la No Finish Line Paris pour sa première édition, il y a un an, avec à peine plus de 150 km au compteur et, surtout, beaucoup de pauses ravitaillement (http://42ans-42bornes.over-blog.com/2015/06/le-bonheur-est-dans-le-pre.html ).

Pour ne pas découvrir les contraintes de la course en costume le jour J, je m’étais décidé pour un galop d’essai au Marathon de Paris, épreuve envisagée en mode endurance fondamentale pour conserver un peu de jus pour les 24 heures de la semaine suivante.

Bref, une sortie longue qui ne dit pas son nom, pour tester le matériel et se rassurer à une semaine de l’échéance. Bilan, si chemise, nœud papillon et bretelles étaient bien optimaux, les jambes, elles, ne le furent pas. Ce marathon fut l’occasion pour moi de découvrir les crampes et la déshydratation sur cette distance. Et de m’apercevoir que le port de la veste n’était pas aussi anodin qu’il pourrait le paraître.

Ce n’est donc pas dans les meilleures dispositions d’esprit que je me présente samedi 9 avril à 10 heures au Champ de Mars, habillé comme pour aller à la noce, à la No Finish Line Paris avec un costume, fait sur mesure par www.tailorcorner.fr, livré la veille de la course.

Par chance, je retrouve sur la ligne de départ Carole, première féminine l’an dernier et avec qui nous avions progressé de concert pendant toute la nuit. Si je ne sais pas trop à quel rythme attaquer l’épreuve, je sais qu’elle sait ce qu’elle fait et ce qu’il faut faire. J’aurai donc le plaisir de passer de nouveau beaucoup de temps avec elle (elle gagnera de nouveau en 2016).

Me voyant m’élancer en costume, les conjectures vont bon train.

Ai-je pour projet de formuler une demande en mariage à l’issue de la course (je l’ai vu faire l’an dernier au Marathon des Sables) ? Suis-je un garçon de café ? Ai-je un rendez vous professionnel peu après la course ? Ai-je prévu de faire une pause pendant les 24 heures pour me rendre à l’Opéra (au moins deux des concurrents de cette année ont interrompu leur effort pour assister qui à une pièce de théâtre, qui à un concert, avant de revenir en piste) ? Suis-je une diversification masculine du groupe Run Chic ? Est-ce une opération promotionnelle pour un nouveau groupe de running / rencontre pour quadragénaires ?

Tout occupé à canaliser les flots de sueur que la chaleur ne manque pas d’entraîner en début de journée puis les flots de pluie que les quelques averses de l’après-midi nous envoient, le tout en avançant à un rythme de sénateur, je ne renvoie pas une image très souriante et suis heureux de ne pas être un support promotionnel pour un site de rencontre ; la publicité eut été contre productive.

J'étais inquiet de courir en costume ce dernier n'étant pas la tenue la plus indiquée pour affronter la chaleur, d'une part, et la pluie, d'autre part.
Les premières heures de course sous le soleil m'ont permis de constater que le choix de tissu et doublure préconisés par Tailor Corner étaient parfaitement adaptés aux circonstances.
Les quelques épisodes de bruine m'ont ensuite permis d'apprécier la protection apportée par la veste qui n'absorbait pas l'eau. J'ai donc été très agréablement surpris du confort du costume Tailor Corner, confort qui m'a permis de ne me préoccuper que de la course et, jamais, du costume.

Puisqu’il faut bien parler de course à pied aussi, mais sans vous assommer du détail des 125 tours parcourus (pour 163 km, une troisième place au podium et un Guinness Book Record), quelques remarques à la volée sur « l’art » du 24 heures … pour les nuls.

Erreur fatale que je n’ai pas reproduite cette année : s’assoir ! Ne jamais, jamais, laisser son séant offenser une chaise, ne serait ce que pour quelques secondes à un ravitaillement ou pour enlever un caillou de sa chaussure. On ne s’en relève jamais complètement indemne et on finit toujours par revenir à la chaise pour une pause complémentaire.

Deuxième erreur, partir trop vite. Et même quand vous êtes parti lentement, ralentissez. Ce qui importe, ce n’est pas de courir le plus vite possible, c’est de courir le plus longtemps possible. Scène vécue cette année, un concurrent a couru son premier marathon, sur l’épreuve de 24 heures, en 2h30 ! Impressionnant, j’en suis incapable. Je ne crois pas qu’il figure au top 10 de la course malgré l’avance cumulée au début.

Troisième erreur, s’arrêter. Un con qui marche va toujours plus vite et plus loin qu’un intellectuel assis (Michel Audiard). Sur une épreuve de 24 heures, cela se vérifie.

Je m’arrête là dans les conseils, mon niveau, tout court, et mon niveau d’expertise, ne me permettent guère d’en dire plus.

Et, me direz-vous, pourquoi as-tu couru 24 heures en costume ?

Et bien, d’abord, par ce que cette question me change de celle-ci : pourquoi as-tu couru 24 heures ?

Et puis, surtout, pour vous dire à tous : amis coureurs, amusez vous !

Ce n’est pas parce que l’entraînement est parfois difficile qu’il faut prendre la course à pied trop au sérieux et oublier que nous sommes des coureurs de loisir, de plaisir, de bonne humeur.

A bientôt sur une course, dès que ma tendinite sera résorbée …

En cours d'homologation

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